Wladimir Tchertkoff

  

"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"

20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)

e‑mail : s.m.fernex@wanadoo.fr

Professeur Youri Bandazhevsky

 

La recherche scientifique en relégation N°1

5 juin 2004


Les "Nouvelles de prison" sont terminées. Ces nouvelles "Nouvelles" changent de ton et de perspective. Depuis le samedi 29 mai, Youri Bandajevsky se trouve en relégation au centre ouest du Belarus, dans une ex-base militaire de lancement de fusées, située dans un territoire non contaminé par la radioactivité, à mi-chemin entre Minsk et Grodno. Son adresse actuelle est :

                                                                          (choisir l'un ou l'autre alphabet)

 

231318 Гродненская область  

 

Лидский район

Дер. ПЕСКОВЦЫ  

Ул. Октябрьская, Дом 2,  

Валюк для Ю.И. Бандажевского

   

  231318 Grodnenskaya oblast

 

Lidski raion

PESKOVTSY  

ul. Oktiabrskaya, 2

Valiuk for Bandazhevsky Y.I.

BELARUS

 

Suivant la loi, Youri Bandajevsky devra y rester jusqu'à la liberté conditionnelle, fin décembre 2004. Il ne peut pas quitter le territoire administré par la colonie, mais il peut recevoir les visites de l'étranger, parler à des journalistes. Il arrive que cette colonie propose une libération anticipée. 

 Moins d'un mois s'est écoulé depuis la diffusion des "Nouvelles de prison" n.27 (7 mai 2004), qui décrivaient les contorsions du régime de Loukachenko pour justifier le déni du droit à la relégation de Bandajevsky (forme de détention de type ouvert), et qui publiaient son démenti formel aux assertions du gouvernement sur le prétendu suivi médical dont il aurait fait l'objet en prison, qu'il a adressé à la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies.

 Le 5 mai dernier, guéri de ses espoirs illusoires, Bandajevsky avait dit à sa femme : "Je n'attends plus rien d'eux. Je continuerai mon travail. Ils ne peuvent plus rien contre moi. Je suis déterminé à porter ma croix jusqu'au bout. Je ne me trahirai ni ne m'humilierai devant eux. " Quand Galina lui a parlé de l'Europe et du Comité des Droits de l'Homme, dont nous attendions les actions et des résultats, il lui a répondu qu'il n'y mettait pas un grand espoir. Maintenant, le chapitre prison est clos.

L'action convergente de son avocat, de la Présidence de l'Union Européenne, de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), de l'OSCE, des ambassadeurs européens à Minsk et des appels de l'opinion publique indignée ont sorti l'effet, modeste à vrai dire, de faire respecter par les autorités du Belarus leurs propres lois, en accordant au prisonnier cette forme de peine plus légère.

 Changements et problèmes matériels

 La Colonie Rééducative de Relégation ("Ispravitelnaia Kolonia Posélénia" - ИКП) de Gezgaly se trouve à 220 km à l'ouest de Minsk. Le transfert des détenus de différentes prisons s'est effectué pendant la nuit du vendredi au samedi dans le plus pur style soviétique. Les prisonniers avec les menottes aux poignets étaient escortés par de militaires armés et des chiens. Pendant les haltes, leurs sacs étaient jetés sur la route, les soldats les ouvraient, éparpillaient les affaires avec leurs bottes et ordonnaient ensuite de les ranger. Cette scène humiliante s'est répétée à trois reprises dans la nuit. Par contre, l'accueil sur le territoire de la colonie fut un retour dans la civilisation : l'officier qui les a reçus humainement était sans armes ni chiens. Après les tensions nocturnes, le nœud à la gorge s'est desserré par quelques larmes.

 En relégation, les détenus sont entièrement à la charge de la famille. On ne les nourrit pas, même pas avec la tambouille indigeste des prisons, ce qui ne change pas grand chose pour Bandajevsky. Galina est allée là-bas mardi dernier, accompagnée par le frère de Nesterenko, Vladimir, avec douze sacs, colis et paquets de victuailles et d'affaires. Au début, elle a trouvé Youri désorienté par la nouvelle situation de "liberté", comme un animal traqué qui ne trouvait pas sa place. Au bout d'une heure de conversation avec elle, il s'est recentré. Il l'a priée de nous transmettre à tous un énorme merci de l'avoir soutenu au cors de ces années et finalement libéré.

 Le climat humain, très différent comparé aux rigidités de la prison, semble justifier cette sensation de libération, qui lui donne le vertige. Galina a parlé avec le directeur de la colonie (elle n'a pas retenu son nom de famille, seulement Vassili Vassilievitch). Cet homme ressemble plus à un clinicien qu'à un directeur de prison. Sa tâche consiste à réhabiliter les détenus pour un retour à la vie normale. Jugeant que la personnalité et les capacités de Youri ne sont pas exploitées au mieux dans les travaux de bûcheron, ni adaptées à une cohabitation avec les détenus de droit commun, il a proposé d'emblée de lui trouver une maison à louer dans un village voisin, pour qu'il puisse s'y organiser pour travailler à sa science et recevoir des personnes de sa famille ou des amis, pour ne pas vivre complètement seul. Dernières nouvelle du 5 juin : Solution rapide et inespérée, Youri habite depuis le 4 juin dans une maison louée dans le village de Peskovtsy au bord du Niémen, à 30 km de la colonie. Le Directeur de la colonie a accompagné Youri, Wladimir Nesterenko (frère de Vassili) et Sasha Slesar (frère de Galina) pour trouver la maison. Il a confié Youri à la Présidente du Conseil de village, Valentina Tadeuchevna, et au président du kolkhoze, Viktor Genrikhovitch, qui l’emploiera formellement comme gardien, avec liberté d’organiser son temps et son travail scientifique. Belrad lui fournira un vieil ordinateur. Le problème du téléphone est en cours de règlement. Cette installation est entièrement aux frais de note association.

 Galina a sa fille adolescente, Natacha, et son travail à Belrad : elle ne peut pas quitter Minsk en permanence. Son frère, Sacha (Alexandre), sa fille Olga, Vladimir, le frère de Nesterenko sont d'accord de venir habiter à tour de rôle avec Youri. Ce lien, ces distractions de personnes de leurs activités professionnelles, les transports fréquents entre Minsk et le village impliquent des coûts, pour lesquels nous devrons trouver une continuité de financements complémentaires. Nous avons demandé un décompte mensuel des dépenses engagées, que nous avons promis de couvrir avec votre aide.

 Cet équipement minimum, une ligne téléphonique, un ordinateur, Internet…, permettra à Youri Bandajevsky d'entrer librement dans le réseau de la science internationale. Dans son commentaire aux informations que le gouvernement a fait parvenir à la Commission des Droits de l'Homme à Genève, Bandajevsky a écrit le 5 mai dernier : "Ce n’est qu’après la visite que des membres du Parlement européen me firent, que des changements survinrent dans mes conditions de détention et qu’on me fournit un ordinateur destiné à la recherche scientifique. Je dois souligner que cet ordinateur, je ne pouvais l’utiliser qu’en guise de machine à écrire. La direction de la colonie avait interdit de transmettre sur disquettes des informations scientifiques aussi bien dans le sens de la prison que dans l’autre, d’autant plus de me servir d’Internet ou de la poste électronique. Peut-on parler de recherche scientifique dans ces conditions?"

 

Les droits et les devoirs de la science

L'infamie de la violence et de l'humiliation infligées au scientifique Bandazhevsky, qui mériterait estime et soutien de l'état au lieu du goulag, exige une réparation complète. Nous espérons que le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies saura rétablir la justice dans le domaine de sa compétence. La communauté scientifique devra se faire un point d'honneur d'accueillir dignement un des siens, injustement persécuté, membre de cinq Académies et décoré de cinq Prix internationaux. Dignement, c'est à dire dans un dialogue scientifique sérieux. Dans son pays Bandazhevsky devra se faire restituer son honneur, sa chaire et ses instruments de recherche, qu'il avait mis au service de la population menacée d'un véritable génocide suite à la catastrophe de Tchernobyl. Génocide provoqué et couvert par le lobby de l'industrie nucléaire.

 A l'Institut de médecine de Gomel, dont il était recteur de 1990 jusqu'à son arrestation illégale en juillet 1999, Bandajevsky et son équipe de collaborateurs ont décrit des "processus pathologiques interdépendants au niveau du cœur, du foie, des reins, des glandes endocrines, et du système immunitaire." Toutes ces lésions engendrées par un processus pathologique semblable, ces chercheurs l'ont appelé "syndrome des radionucléides de longue période incorporés". C'est le résultat d'une investigation rigoureuse de l'état de santé de milliers d'adultes et d'enfants, habitant dans les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl, effectuée par toutes les unités de recherche de l'institut. Pendant 9 ans, 25 chaires ont travaillé sur la même thématique suivant trois directions de recherche : clinique, expérimentale sur animaux de laboratoire et anatomopathologique. Le jour de son arrestation, l'Institut de Gomel avait 200 enseignants, 300 employés auxiliaires et 1500 étudiants. Cet instrument de recherche unique au monde, car situé dans une situation expérimentale unique au monde, a été détruit. Le nouveau recteur-bureaucrate a abandonné ce programme, en déclarant que ce programme n'était pas digne d'un établissement d'enseignement supérieur.

Interview du Professeur Michel Fernex, (texte in extenso) professeur émérite à la Faculté de médecine de l'Université de Bâle, et de Solange Fernex, députée honoraire du Parlement européen et co-présidente de la section française de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et Liberté (WILPF) :

 Question : Connaissiez-vous l'Institut du Professeur Bandajevsky ?

Professeur Michel Fernex : "En automne 1998, j'ai visité l'Institut de Médecine de Gomel. Le niveau de cette Faculté de Médecine m'a beaucoup impressionné . Les échanges avec quelques enseignants m'a montré l'étendue de leurs connaissances sur les conséquences de Tchernobyl sur la santé. Les étudiants participaient très activement aux cours.

 Il s'agit de travaux d'une importance exceptionnelle…Bandajevsky a décrit en particulier la "cardiomyopathie du Césium" (Cs137)  : troubles cardiaques chez le petit enfant, mais aussi chez l'adolescent et l'adulte, avec atteinte dégénérative du muscle cardiaque. Il s'agit d'une insuffisance cardiaque progressive, avec troubles du rythme, d'une maladie irréversible à partir d'une certaine durée d'intoxication par le Cs137. La mort subite peut survenir à tous les âges, même chez l'enfant

Cette cardiomyopathie portera un jour le nom de "Maladie de Bandajevsky", car c'est lui qui, avec l'aide des physiciens de l'Institut de Radioprotection  "Belrad" a démontré la corrélation constante entre un taux élevé de Cs137 dans l'organisme et les troubles fonctionnels du coeur.

A l'autopsie de ces malades, il a mesuré le taux de Cs137 / kg de coeur et décrit les altérations morphologiques caractéristiques des cardiomyopathies : dégénérescence des fibres cardiaques en l'absence d'infiltrats cellulaires importants ou d'inflammation, en l'absence aussi d'oblitération coronarienne."

 Question : Bandajevsky souhaitait-il donner son nom à cette maladie ?

Professeur Michel Fernex : "Non. Bandajevsky a une vue plus globale. Pour lui, le Cs137 provoque une maladie métabolique généralisée avec atteinte de tous les organes, même du cerveau.

Parmi les organes qu'il a étudiés, ce sont les glandes endocrines, la thyroïde, la surrénale et le pancréas qui accumulent le plus de Cs137. Le coeur et la rate (système immunitaire) viennent en 2e et 3e position. Chez la femme enceinte, c'est le placenta qui fixe l'essentiel du césium, protégeant ainsi l'enfant à naître. Malheureusement, le placenta souffre de cette concentration de Cs137. Il en résulte des troubles endocriniens, avec anomalies chez le foetus, avortements, morts périnatales ou enfants fragiles après leur naissance…"

 Question : Peut-on guérir la cardiomyopathie ?

Professeur Michel Fernex : "Bandajevsky a travaillé dans ce domaine avec le professeur de physique nucléaire Vassili B. Nesterenko. Ils ont montré qu'avec un régime alimentaire propre, pauvre en Cs137, chez l'enfant et l'animal de laboratoire, on peut éviter des dommages irréversibles au niveau du coeur.

Dans leur enseignement au niveau des écoles de la région de Gomel, ils se sont attelés à la "prévention" : apprendre à manger propre. Malheureusement le régime sans césium coûte cher. Les pauvres continuent depuis la catastrophe à se contaminer à partir des produits de leur terre (légumes, fruits et lait de leur propre vache) ainsi que des produits de la nature : baies, champignons, poissons.

Dans les situations les plus dramatiques, la meilleure solution serait de déplacer les familles dans les zones non contaminées comme le préconisait Nesterenko dès 1986. Comme cela n'a pas été possible, il faut faire appel à la prise intermittente de pectine, un sucre extrait des pommes, qui accélère l'élimination du césium."

Question : Le fait que l'UNSCEAR (Comité Scientifique des Nations Unies pour les Effets des Rayonnements Atomiques)
ne cite pas les travaux de Bandazhevsky est-il une preuve de leur médiocrité?

 Solange Fernex : "Le rapport 2000 de l'UNSCEAR sur Tchernobyl a été très sévèrement critiqué à l'Assemblée des Nations Unies par les délégations du Belarus et d'Ukraine. Contre toute évidence, il ne reconnaît, comme seule conséquence de la catastrophe de Tchernobyl, que1800 cancers de la thyroïde chez l'enfant et l'adolescent, rien de plus : "aucune augmentation de l'incidence globale des cancers (paragraphe413), "le risque des leucémies n'a pas augmenté"

(paragraphe 413) "ni augmentation des malformations congénitales, ni enfants mort-nés ou prématurés" (paragraphe 383), en résumé, l'UNSCEAR affirme que "un avenir positif attend la plupart des individus de la région de Tchernobyl" (paragraphe 421).

Et pourtant, en septembre 2000, le Président du Belarus, A. Loukachenko a  lancé un appel vibrant au Sommet du Millénaire des Nations Unies à New York, pour obtenir une aide internationale pour le Belarus, où 25% du territoire est contaminé, et où la population est malade. Si l'affirmation de l'UNSCEAR était vraie, et que 1800 cancers de la thyroïde étaient les seules conséquences de Tchernobyl, le Belarus n'aurait besoin d'aucune aide internationale. L'UNSCEAR décourage les pays donateurs d'aider les pays contaminés par Tchernobyl.

En effet, le 6 juin 2000 le Directeur Général de l'UNSCEAR, Lars Erik Holm a clairement déclaré que les rapports sur une détérioration de l'état de santé de la population suite à Tchernobyl, n'ont aucune base scientifique et ont pour seul objectif d'extorquer une aide financière non justifiée.  

A la Conférence de Kiev sur Tchernobyl (4 - 8 juin 2001), le Dr. Gentner de l'UNSCEAR a expliqué comment son organisme sélectionne les travaux qu'il retient et cite. Il les fait expertiser par des "autorités scientifiques reconnues", à savoir les laboratoires de Los Alamos (Nouveau Mexique, USA) et du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA, France), deux laboratoires qui ont fabriqué la bombe atomique, et qui ne sont pas neutres dans le domaine des effets des radiations sur la santé. Avec ce genre d'expertise, jamais l'UNSCEAR ne citera des travaux du Professeur Bandazhevsky sur les conséquences des radiations sur la santé.

Ne pas être cité par l'UNSCEAR apparaît donc davantage comme une garantie d'objectivité et de transparence scientifique que comme un point défavorable.
 
Lors de son Conseil Exécutif International des 1 - 4 août 2001, la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (WILPF) a adopté une résolution sur Tchernobyl, dans laquelle elle demandait que les Nations Unies tiennent compte des nombreux travaux qui décrivent les souffrances des victimes de Tchernobyl et non plus des conclusions de l'UNSCEAR et de l'AIEA, qui sont biaisées par des conflits d¹intérêts.

Le modèle de risque des radiations sur la santé doit être revu, comme le demande une résolution adoptée le 28 avril 2001 par le Parlement européen, en tenant compte de l'expérience de Tchernobyl, où les victimes incorporent des radionucléides depuis 18 ans par la nourriture.

Nous avons également demandé la libération immédiate du Professeur Bandajevsky, ainsi qu'un arrêt des ennuis administratifs causés aux chercheurs indépendants de Tchernobyl, physiciens et médecins."
     

 Malgré les demandes réitérées du Professeur Nesterenko, La Commission Européenne, promotrice (avec l'ONU, l'UNESCO, la Banque mondiale, les Ambassades de France et d'Allemagne, la Suisse) du Programme CORE - réhabilitation des conditions de vie dans les territoires contaminés du Belarus - ne finance pas la distribution de la pectine aux enfants vivant dans les territoires contaminés, qui en ont un besoin vital et urgent. Ce serait comme trouver des bacilles de Koch dans les expectorations d’un enfant, sans traiter correctement sa tuberculose. Continuer à refuser cette prophylaxie, pendant qu'on recueille sur le terrain et dans les organismes les données sur la contamination radioactive, ressortit au crime médical.

 Controverses et contradictions aux sommets

Le lundi 17 mai, lors de l'Assemblée Mondiale de la Santé, qui se tient tous les ans aux Nations Unies, Solange Fernex a eu un entretien de 15 minutes avec la Ministre de la santé du Belarus, Madame Postoyalko. Celle-ci lui a dit deux choses importantes : 1. "Il y aura bientôt du nouveau pour Bandajevsky". C'est fait. On y est. 2. "A Minsk, les travaux de Bandajevsky sont très appràciés. Il est détenu pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la médecine." C'est la première fois qu'un ministre de la santé biélorusse s'exprime ainsi. Ses prédécesseurs, Zélenkévitch et Ostapenko, n'ont eu que des propos durement négatifs au sujet de Bandajevsky et de ses travaux. En outre, la Ministre a raconté spontanément à Solange que cette année, avec ses collègues de Russie et d'Ukraine, ils avaient protesté toute une journée à l'AIEA à Vienne contre les "32 morts", chiffre scientifique officiel des victimes de Tchernobyl. Les trois ministres se seraient donc battus pour que soit reconnu le désastre sanitaire majeur, causé par la catastrophe, et non un simple accident technologique. Quand Solange a fait remarquer à Madame Postoyalko que le résultat de leurs discussions était nul, Gonzales ayant une fois de plus prononcé les mots rituels "32 morts…" dans son communiqué de presse pour les 18 ans de l'accident, celle-ci a eu l'air sincèrement indignée.

 Le conflit entre les énormes intérêts - économiques, stratégiques, humains -, que l'explosion de Tchernobyl a mis en contradiction, crée des tensions aux sommets.

 De même que les agences de l'ONU publient des conclusions diamétralement opposées concernant les conséquences de Tchernobyl - pour Kofi Annan et OCHA: "9 millions de victimes" - pour AIEA, UNSCEAR et OMS: "32 morts", - de même Loukachenko tout seul, d'un côté déclare au Sommet du Millénaire de l'ONU "Le devoir moral des Nations Unies est de mobiliser les ressources mondiales pour éliminer les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl. La Biélorussie est la principale victime."  de l'autre, il affirme à la télévision "La vie est possible sur ces terres, la radioactivité a pourri désormais, elle a disparu! Ces terres doivent être ensemencées, nous devons y faire croître nos enfants! Ce fut une grande bêtise d'en évacuer les habitants!" (Nouvelles de prison 27). Et sa Ministre de la santé actuelle mène la bataille qu'il faut (est-ce parce qu'elle est une femme, une mère, une grand-mère? Est-ce parce que la politique du gouvernement est en train de changer, de chercher une issue?).

 Il n'y a pas de doute, à notre avis, que les intérêts de nos ONG et des scientifiques indépendants qu'elles soutiennent, et ceux du gouvernement biélorusse, sont en réalité, et contrairement aux apparences, convergents : faire reconnaître l'ampleur du désastre de Tchernobyl face aux mensonges de l'AIEA. Les conséquences de cette reconnaissances seraient tellement importantes, et auraient des développements tellement imprévisibles, que tout le monde cherche à minimiser, fait la politique de l'autruche. Cette minimisation acharnée et outrancière des vraies conséquences de la catastrophe coïncide avec l'intérêt de survie du pouvoir politique en place, quel qu'il soit. Que le gouvernement soit autoritaire ou démocratique, le Belarus, isolé et replié sur lui-même, n'a pas les moyens financiers pour faire face à la catastrophe de deux millions de citoyens, dont  500 000 enfants, qui mangent du césium et du strontium tous les jours depuis 18 ans. Et aucun des pays riches, surtout ceux qui possèdent centrales et armes nucléaires, n'a intérêt à affronter vraiment ce problème. A nous de les convaincre en élargissant les brèches de leurs contradictions.

 Avant-hier soir, pour la première fois depuis 3 ans, j'ai pu téléphoner à Youri Bandajevsky et lui parler 5 minutes. Une conversation très brève, à la joie retenue pour laisser la place aux autres détenus, (que les familles ne peuvent appeler qu'entre 18 et 21 heures locales, 17-20h en France), au cours de laquelle Youri a tenu à préciser qu'il était "toujours le même, plus solide et impatient de reprendre son travail".

 Il vous aime tous, vous embrasse tous et vous est profondément reconnaissant.

 

Wladimir Tchertkoff

Secrétaire de l'Association

 

***

 

Association  "Enfants de Tchernobyl Bélarus"

 

Siège Social :     20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)

                              e‑mail : s.m.fernex@wanadoo.fr

Compte bancaire: 00029876060, Crédit Mutuel, 68220 ‑ Leymen, France

 

 Le 27 avril 2001, les personnes suivantes, réunies à Paris en assemblée générale constitutive, ont fondé, sur demande du Professeur Vassili Nesterenko, une association d'aide aux 500.000 enfants contaminés par les radionucléides dans les régions orientales et méridionales du Bélarus, suite à la catastrophe de Tchernobyl :

      Solange Fernex  -France- présidente de l'association, Députée Européenne honoraire, présidente de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, WILPF, section française.

    Vassili Nesterenko -Bélarus- vice-président de l'association, physicien spécialiste en radioprotection, membre de l'Académie des sciences du Bélarus, directeur de l'Institut de radioprotection "Belrad".

    Galina Ackerman  -France- secrétaire générale de l'association, journaliste, traductrice du livre de Svetlana Aleksievitch "La Supplication".

     Wladimir Tchertkoff  -Italie- secrétaire général adjoint de l'association, journaliste retraité de la Télévision Suisse.

     Michel Fernex  -Suisse- trésorier de l'association, médecin retraité, Professeur émérite, Faculté de Médecine de Bâle, ex-membre de Comités Directeurs de TDR (Programme spécial de Recherche pour les Maladies Tropicales), OMS.

 Conformément aux lois de la République du Bélarus en matière d'aide humanitaire, cette association, qui doit avoir parmi ses membres un ou des citoyens biélorusses, facilitera le transfert de financements destinés à la protection prophylactique et médicale des enfants.

 En dehors de cet aspect juridique et administratif, qui exempte d'impôts les donations provenant de l'étranger, le but de l'association est d'apporter toute l'aide possible aux travaux de haute compétence scientifique des Professeurs Nesterenko et Bandazhevsky dans leur œuvre de secours aux enfants dans les régions du Bélarus contaminées à la suite de la catastrophe de Tchernobyl, y compris l'organisation de cures de ces enfants en France; l'aide à la recherche indépendante liée à la catastrophe de Tchernobyl; la diffusion d'informations sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl; la collaboration avec des organisations d'autres pays ayant les mêmes objectifs.

 
Cette association encourage le parrainage de communes ou d'écoles des régions sinistrées, par des communes ou des écoles françaises.             

 Merci pour votre aide très précieuse pour faciliter la réintégration physique et morale du Professeur Bandajevsky et la reprise de ses travaux scientifiques. Vous serez informés de l’évolution de la situation par Wladimir Tschertkoff, le secrétaire de notre association. Un reçu fiscal sera envoyé à chaque donateur, chèques à l’ordre de « Enfants de Tchernobyl Bélarus », 20, rue Principale, 68480 - Biederthal