Commémorations en Ukraine de la catastrophe de Tchernobyl

TAGEBLATT - Luxembourg,  26. 04. 2004

 


Un millier d'Ukrainiens, souvent d'anciens employés de la centrale de Tchernobyl ou des veuves de pompiers et militaires envoyés sur place, ont participé aux commémorations de la catastrophe de Tchernobyl, la plus grave de l'histoire du nucléaire civil, survenue il y a 18 ans dans le nord de l'Ukraine.

Le 26 avril 1986, à 01H23 du matin, explosait le coeur du réacteur numéro 4 de la centrale : pendant dix jours, le combustible nucléaire allait brûler, rejetant dans l'atmosphère des millions de radioéléments équivalant à plus de 200 bombes d'Hiroshima et contaminant une grande partie de l'Europe.

A Kiev, sous une pluie fine, seule une centaine de personnes, anciens employés de la centrale, ”liquidateurs” survivants, chaque année moins nombreux, ou femmes ayant perdu leur mari ou un fils dans cette tragédie, se sont réunis pendant la nuit de dimanche à lundi pour déposer des fleurs au monument dédié aux pompiers, décédés peu après s'être rendus sur les lieux de l'accident.

Selon un bilan soviétique de l'époque, l'explosion a fait 31 morts. Mais depuis 1986 sont décédés plus de 25.000 ”liquidateurs”, ces militaires et civils venus d'Ukraine, de Russie, du Bélarus et d'autres pays faisant alors partie de l'URSS, pour effectuer divers travaux, dont la construction d'un sarcophage autour du réacteur accidenté, selon des estimations.

”Nous sommes chaque année moins nombreux à assister à la cérémonie, mais, cette année, nous battons un triste record”, a regretté Tetiana Lazarenko, âgée d'une quarantaine d'années, qui avait été évacuée avec sa famille de la ville de Pripiat (à 3 km de Tchernobyl) 36 heures après l'accident.

”J'ai perdu une ville, des amis, des proches. Nous avons tous des problèmes de santé en raison des radiations. On ne peut pas oublier une telle tragédie”, dit cette femme qui habite aujourd'hui Kiev avec son mari et ses trois enfants.

Quelque 2,3 millions d'Ukrainiens, dont 450.000 enfants, souffrent de maux liés aux radiations, parmi lesquels un nombre important de cancers de la thyroïde, selon le ministère ukrainien de la Santé.

Le monument de Tchernobyl est situé dans l'enceinte d'une église orthodoxe de Kiev, où une messe en plein air est organisée chaque nuit du 25 au 26 avril. Le président Léonid Koutchma y a déposé dans la matinée une gerbe de fleurs.

Un autre service religieux a rassemblé au cours de la nuit de nombreuses personnes dans la ville de Slavoutitch (nord), où habitent les employés de la centrale située à environ 150 km au nord de Kiev.

Mykola Fessik, originaire de Poltava (est), raconte avoir été ”expédié” à Tchernobyl à l'âge de 22 ans pour travailler à la construction du sarcophage.

”J'ai pris une sacrée dose de radiations et aujourd'hui je ne peux plus travailler. Mes jambes ne me portent plus. Mais je ne suis rien et je ne vaux plus rien pour mon gouvernement”, a-t-il dit en se plaignant de la maigre allocation versée aux invalides de Tchernobyl (en moyenne 40 dollars par mois).

Quelque 600.000 ”liquidateurs” ont au total été dépêchés à Tchernobyl entre 1986 et 1990, et plus de 130.000 habitants ont dû être évacuées de la zone contaminée dans les jours qui ont suivi l'accident.

La centrale de Tchernobyl, dont un dernier réacteur continuait de produire de l'électricité, a été fermée en décembre 2000 en échange d'une aide financière internationale. Mais la centrale, avec son sarcophage fissuré recouvrant quelque 200 tonnes de magma radioactif, demeure une menace constante.

La construction d'une nouvelle chape géante autour de ce sarcophage, construit dans l'urgence après l'explosion et qui risque aujourd'hui de s'effondrer, doit commencer vers la fin de cette année et être achevée en 2008.