L'humanité 

Un chercheur incarcéré pour délit d'opinion

 Gaël Guichard  -  L'Humanité  28.  01. 2003)


 

ZOOM - BIÉLORUSSIE

 En Biélorussie, quand on a le curriculum de Ioury Bandajevsky, mieux vaut demander r asile politique. Dissident? Opposant au régime? Non point. Professeur en médecine, chercheur en pathologie, fondateur et recteur de l'université de Gomel, primé dans de nombreux pays pour ses travaux sur la corrélation entre les troubles du rythme cardiaque chez les enfants biélorusses et le taux de césium 131 mesuré. À quarante-trois ans, il est considéré par ses pairs comme un chercheur très prometteur. « Était considéré », devrait-on écrire. Depuis le 18 juin 2001, le professeur Bandajevsky est incarcéré dans la colonie pénitentiaire UZ 15 de Minsk, sur condamnation de la Cour suprême. C'est-à-dire sans aucune possibilité de recours au  niveau national. Son épouse, Galina Bandajevskaya, clame son innocence, soutenue par Amnesty International qui le qualifie de prisonnier d'opinion. Elle s'est tournée vers le Parlement européen pour qu'il interfère auprès du président Loukachenko. Elle craint pour la vie de son mari. Le couple de chercheurs voulait améliorer les soins et la prise en charge des Biélorusses résidant dans les secteurs contaminés par les retombées radioactives de Tchernobyl. Trop honnête, le professeur avait diffusé le résultat de ses recherches, proposé au Parlement biélorusse d'autres affectations pour les fonds européens, et critiqué la tendance à minimiser les conséquences de la catastrophe. Dénoncé au KGB, loury Bandajevsky a été arrêté en vertu d'un décret présidentiel «sur les mesures urgentes destinées à combattre le terrorisme et d'autres crimes violents particulièrement dangereux». Son ordinateur et ses récentes publications ont été saisis. Il a été retenu durant vingt-deux jours sans avocat avant d'être informé du chef d'accusation: avoir accepté des pots-de-vin à hauteur de 28 000 dollars de la part d'étudiants qui cherchaient à être admis à l'Institut de médecine. Aux innocents, les mains pleines...

 

                                   GAËL GUICHARD