La Biélorussie sur la sellette

 

Une série de rapports ou d'analyses ont été publiées au cours de ces dernières semaines sur l'état inquiétant de la situation politique en Biélorussie

(Lettre du Colisée° 35 : Mai-Juin 2002)


 

L'aggravation des violations des Droits de l'Homme

La Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), dans une lettre ouverte adressée au président Alexandre Lukacsien en date du 10 mai 2002, a stigmatisé la persistance de graves infractions aux droits de l'homme, et même leur recru­descence depuis la dernière élection présidentielle de septembre 2001. Ces infrac­tions concernent principalement l'impunité de fait accordée aux auteurs de violations, la persistance de sérieux obstacles au droit d'association, de manifestation et d'ex­pression, ainsi que le maintien d'une poli­tique de provocation à l'égard de la com­munauté internationale. Le dernier exemple de cette politique a été donné à la fin d'avril, lorsque les autorités ont refusé d'accréditer le nouveau chef du groupe des observateurs de l'OSCE. La FIDH a exprimé tout particulièrement son inquiétude à pro­pos du manque d'information concernant les nombreuses disparitions de journalistes et de personnalités bien connues de l'op­position. Selon elle, les autorités s'abs­tiennent délibérément de prendre les mesures nécessaires à l'établissement des faits et à la condamnation des vrais cou­pables. La FIDH cite en exemple les cas de disparition du cadreur de l'ORT, Dmitry Zavadski, et du président délégué du Front Populaire Biélorussien Adrazhenne, M. Yuras Korban. La FIDH, par ailleurs, est extrêmement préoccupée par les atteintes systématiques à la liberté d'association Elle réagit notamment à la liquidation de l'ONG Viezha, ordonnée par la Cour  régio­nale de Justice de Bierastsie.

Contacts : FIDH -11, passage de main d’or 75011 Paris. Tél. 01 43 55 25 18 ? Fax. 01 43 55 18 Email : fidh@fidh.org Site Web : www.fidh.org

• De son côté, Reporters  sans frontières a rendu public, le 29 avril 2002 un rap­port sur les atteintes à la liberté de la presse en République du Bélarus.  L'état de la liberté de la presse y est classé depuis plusieurs années parmi les situa­tions les plus graves à travers le monde. Sur la base des témoignages recueillis à Minsk, en mars 2002, le rapport dresse les grands traits du paysage de la presse en Biélorussie et recense les principales atteintes à la liberté de l'information. Rapport disponible sur www.rsf.org

 

• Par ailleurs, dans la Synthèse n°44 "La Biélorussie à l'heure de l'autoritarisme", publiée par la Fondation Robert Schuman, Alexandra Goujon, analyse la stratégie interne et externe du Président Loukachenko, qui veut progressivement s'im­poser comme le seul garant de l'Etat bié­lorussien et du bien-être du peuple :

A lire sur : http://www.robert-schu-man.org/synth44.htm

 

• Le Conseil de l'Europe, quant à lui, se dit prêt à mener une enquête indépendante sur les diverses disparitions inexpliquées qui se sont produites en Bélarus depuis la première élection d'Alexandre Lukacsien au poste de Président de la République. Ces disparitions concernent le cameraman Dmitry Zavadsky, l'ancien ministre de l'in­térieur Yuri Zakharenko et le dirigeant de l'opposition  Viktor Gonchar.

 

• L'opinion publique aussi récuse le régime actuel. Un récent sondage indique que la popularité du Président Alexandre Loukachenko est déclinante. Pour 55 % des personnes interrogées, le Belarus va dans la mauvaise direction et seules 21 % soutiennent le système politique actuel. Dans le cas où l'Union entre le Belarus et la Russie parviendrait à son terme, 50 % voteraient pour Vladimir Poutine et seulement 14 % pour Loukachenko.

 

Le drame de Tchernobyl

Une conférence s'est tenue à Paris le 4 mai 2002 sur "La Biélorussie, une tragé­die moderne" en marge de l'exposition Signes de Biélorussie (commissaire Michel Wlassikoff). Le 26 avril 1986, l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl plon­geait la Biélorussie dans une des plus importantes catastrophes écologiques de l'histoire : 70 % du nuage radioactif s'est déposé sur le territoire national, 2000 agglo­mérations ont été évacuées dont 500 rasées. Deux millions de personnes sont, à des titres divers, contaminées. On évalue aujourd'hui entre 600 et 800 000 le nombre de personnes atteintes de vieillissement précoce, tandis que les leucémies infantiles ont augmenté de plus de 100 % et les mal­formations de plus de 250 %. De nombreux scientifiques avancent désormais l'hypo­thèse que 97 % de la radioactivité s'est échappée et non 3 % comme l'affirmaient les autorités soviétiques. Pour ajouter aux malheurs de ce pays, le régime social et politique semble être un vestige "miracu­leusement" conservé de l'ancienne union soviétique. Les formes démocratiques sont vidées de toute substance et les droits les plus élémentaires sont bafoués. Le cas du professeur Yuri I. Bandazhevsky illustre tris­tement cette réalité. Cet ancien Recteur de l'Institut étatique de Médecine de Gomel, spécialiste d'anatomie pathologique tra­vaillant sur les conséquences médicales des radiations sur la santé humaine, est empri­sonné depuis le 18 juin 2001 à la section 21 de la colonie pénitentiaire de Minsk pour avoir révélé publiquement la gravité de la situation. Cet emprisonnement a été ordonné au terme d'un procès tenu en 2001 devant la Chambre militaire de la Cour suprême de Biélorussie qui l'a déclaré coupable de cor­ruption. Amnesty International considère le Professeur Bandazhevsky comme-me un pri­sonnier d'opinion. Le 25 mai 2001, au der­nier jour de son procès devant la Chambre militaire, le Professeur Bandazhevsky a répété le message que son gouvernement refuse toujours d'écouter : "Je comprends les conséquences des radionucléides sur le corps humain. J'affirme que la santé de nos citoyens se trouve au bord du désastre" En 1999, le Professeur Bandazhevsky avait déploré l'absence de résultats de l'Institut de Recherche Scientifique et Clinique de Minsk, malgré l'injection d'une somme de 11 milliards de roubles par le Ministère bié­lorusse de la Santé au profit de cet Institut. Fort de son expertise sur les dommages causés par les radiations, le Professeur Ban­dazhevsky s'opposait vigoureusement au retour dans les zones contaminées des réfu­giés de Tchernobyl chassés de leurs foyers. Son opinion contredisait la version officielle, selon laquelle le dossier Tchernobyl était clos. Le Parlement Européen, qui lui a décerné le 1ier  juillet 2001 son "Passeport pour la Liberté" a d'ailleurs fait écho à l'opi­nion du Professeur Bandazhevsky en "invi­tant le Président Lukacsien à réexami­ner la politique gouvernementale consistant à renvoyer les personnes évacuées vers les territoires. Le traitement réservé par la Chambre militaire au Pro­fesseur Bandazhevsky n'est pas un cas isolé, il relève d'un système de répression aux mains du président biélorusse. Depuis 1996, ce dernier gouverne par décrets, ignorant les nombreux arrêts de la Cour constitutionnelle concluant à leur inconsti­tutionnalité. Le 8 février 2001, la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU a d'ailleurs publié un rapport de M. Cumras­wamy sur l'indépendance des juges et des avocats en Biélorussie concluant sur le fait que: "Le Président de la République a donc un pouvoir discrétionnaire absolu en ce qui concerne la nomination et la révocation des juges". Alors que la Banque Mondiale s'ap­prête à réaliser un programme d'aide de trois cents millions de dollars en Biélorus­sie, notamment pour lutter contre le sida et la tuberculose, il est encore temps de faire pression pour demander la libération du Professeur Bandazhevsky.

 

QUI CONTACTER ?

• La Commission de recherche et d'infor­mation indépendantes sur la radioactivité, CRIIRAD, forte de ses 4 600 adhérents, a été créée en 1986, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, parce que les analyses faites dans la vallée du Rhône étaient sans commune mesure avec les informations officielles. La CRIIRAD a ren­forcé sa double préoccupation, scientifique et humanitaire, en resserrant les liens avec les malades de la thyroïde français et en développant des actions de solidarité en direction des enfants victimes de Tcherno­byl, tant en Ukraine qu'on Biélorussie. Mais c'est le soutien au professeur Youri Bandazhevsky qui mobilise ses énergies. Elle le fait en lien avec d'autres organisations humanitaires ou de défense des droits de l'Homme, telles que Amnesty international, France Libertés, Contratom, Greenpeace, l'association des médecins pour la pré­vention de la guerre nucléaire (France et Suisse), le réseau "Sortir du nucléaire" (France et Suisse), la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, Women for peace, Amandamaji, Grandmo­thers against nuclear power, Women against nuclear power (Finlande), le Grou­pement de scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire, les Amis de la Terre, l'association française des malades de la thyroïde, la confédération paysanne, etc.

Contacts : CRIIRAD - 471 av. Victor Hugo 26000 Valence. Tél. 04.75.41.82.50. Email : contact@criirad.com

 

• L’association "Enfants de Tchernobyl Bélarus" Présidée par Mme Solange Fer­nex, ancienne députée européenne, prési­dente de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, WILPF, section française, cette association a pour buts :- L'appui aux travaux de haute com­pétence scientifique des Professeurs Nes­terenko et Bandazhevsky dans leur œuvre de secours aux enfants dans les régions du Bélarus contaminées à la suite de la catas­trophe de Tchernobyl, y compris l'organi­sation de cures de ces enfants en France ;

-  L’aide à la recherche indépendante liée à la catastrophe de Tchernobyl

-  La diffusion d’informations sur les conséquences de la catastrophe do Tchernobyl

-  La collaboration avec des organisations d’autres pays ayant les mêmes objectifs.

-   

Contacts : Enfant de Tchernobyl – 20, rue Principale 68480 Biederthal. E-Mail : s.m.fernex@wanadoo.fr


 

 

 

• Page 13  •  Lettre du Colisée   •  N° 35  •