N U C L E A I R E   :   Le bilan sanitaire dans les territoires contaminés va enfin être établi

 Les effets de Tchernobyl en Biélorussie: un tournant dans l’aide internationale

Yves Miserey  -  Le Figaro  07. 12. 2003

 


Il y avait beaucoup d’émo­tion au cours de la réunion qui a rassemblé jeudi à Paris les responsables biélorusses du comité Tchernobyl, les représentants du Pnue (1) et de l’Unesco ainsi que ceux des institutions, des associations et des organismes français qui vont participer au programme Core (Coopération pour la réhabilitation). Dix sept ans après l’explosion de la centrale nucléaire ukrainienne, c’est la première fois qu’un programme international de développement est lancé en Biélorussie. Core est l’héritier du projet Ethos lancé à la fin des années 1990 par une pe­tite poignée de spécialistes français du risque nucléaire.

Le 2 décembre dernier, la Commission européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne y ont définitivement apporté leur soutien après que le président Alexandre Loukachenko qui gouverne le pays d’une main de fer eut enfin consenti à abroger une taxe sur l’aide humanitaire. Le programme Core va se déployer dans quatre districts parmi les plus contaminés : Bragin, Stolyn, Slavgorod et Tchetchersk. La Biélorussie est la principale victime de Tchernobyl : 80 % des rejets radioactifs y sont retombés, 23 % de son territoire sont fortement contaminés et 1,5 million de personnes dont 400 000 enfants y vivent dans des conditions misérables.

Placé sous la responsabilité du comité Tchernobyl (son responsable, Valdimir Tsalko, a rang de préfet), le programme Core comprend plusieurs volets : sanitaire, radiologique, économique et social, éducatif et culturel.

Le volet sanitaire, piloté par l’IRSN (2), va consister à faire un bilan de santé des enfants âgés de 0 à 15 ans. C’est une étape importante car des pathologies inhabituelles sont ré­gulièrement diagnostiquées chez les jeunes sujets. De quoi souffrent ces enfants ? « Les médecins biélorusses n’ayant pas la même définition des maladies, nous ne le savons pas vraiment », explique Catherine Luccioni, de l’IRSN.  Le bilan placé sous le contrôle d’experts européens sera ef­fectué par les médecins de l’hôpital de Tchetchersk, rétribués par l’IRSN qui va consacrer 50 000 € à cette opération. Dans un an environ, on saura peut-être enfin si ces maladies sont dues, oui ou non, à la contamination chronique à des faibles doses. Médecins du Monde mènera de son côté plusieurs actions en faveur des nourrissons et des femmes enceintes.

« Les personnes des terri­toires contaminés vivent chaque jour dans l’incertitude et l’inquiétude », témoigne Stéphane Chmelewsky, ambassadeur de France en Biélorussie. Elles sont restées sur place faute d’avoir pu ou voulu s’installer ailleurs. Comment leur redonner espoir ? C’est toute la problématique de Core.

Le projet Ethos avait montré que le contrôle radiologique ne suffit pas à réinstaller la confiance. Il faut aussi rebâtir le tissu économique et social qui a été détruit par la catastrophe. C’est pourquoi l’accent est mis sur l’initiative et la demande des acteurs locaux.

« Tchernobyl, c’est une crise du vivant, quelque chose qui ne s’est jamais produit auparavant », analyse Henry Ollagnon, de l’Institut national agronomique Paris-Grignon qui participe depuis quelques années à un programme de décontamination des récoltes de pommes de terre et d’amélioration des rendements.  « Aucun pays ne peut prétendre savoir faire face à situation aussi grave », connaît Jean-Luc Godet, de la DGSNR (3), l’Autorité de sûreté nucléaire française devrait consacrer en 2004 un plan d’action à la gestion  post-accidentelle en France. « Nous ne sommes pas assez penchés sur cette problématique.  Ce n’est pas seulement un problème technique », insiste André Oudiz, de l’IRSN. Les difficultés que connaît la Biélorussie pour surmonter la catastrophe le montrent bien.

(1)    Programme des Nations unies pour l’environnement:

(2)     Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.

(3)     Direction générale de la  sûreté nucléaire et de la radioprotection

 

 

Une victoire pour le professeur Bandajevsky emprisonné

« J’ai eu le privilège de pouvoir visiter le professeur Bandajevsky dans sa cellule. Je peux vous assurer qu’il serait le premier dé­solé si on ne poursuivait pas ce qu’il a entamé en assurant un suivi sanitaire des enfants des territoires contaminés », a déclaré Stéphane Chmelewsky, ambassadeur de France en Biélorussie, en guise d’encouragement aux participants du programme Core. Médecin chercheur à Gomel, Youri Bandajevsky a étudié des pa­thologies cardiaques chez les enfants, qu’il attribue à la contami­nation radioactive. Ces travaux, politiquement incorrects, lui ont valu, en 2001, une peine d’emprisonnement de huit ans. Tou­jours incarcéré, le chercheur biélorusse, soutenu par plusieurs as­sociations et gouvernements, est actuellement dans un état de santé précaire.