NATURE PROGRÈS - mars 2004 - n°46

Ø         Enquête

 

Radioactivité de Tchernobyl

et censure

  

§           Si chacun de nous perçoit l'ampleur des dégâts sanitaires causés par l'accident de Tchernobyl, on ne le doit certes pas aux instances internationales ou nationales qui sont en charge de ces questions... L'information concernant les méfaits du nucléaire sur la santé est âprement verrouillée. Pour autant, enfermer ceux qui tentent de la rendre publique, comme le professeur Bandajevsky, ne pourra bientôt plus suffire à nous "endormir" : mêmes minimisés, les dégâts du nucléaire sont si criants qu'ils ne peuvent plus être cachés à la face du monde ...

 

 

 

Par le Docteur Michel Fernex

 

L'Accord OMS/AIEA

La pollution radioactive a précédé Tcherno­byl, avec l'utilisation de l'énergie atomique à des fins militaires et commerciales. L'explosion du réacteur de Tchernobyl a aggravé la situation et prouvé que, contrairement aux affirmations des "experts", l'explosion d'une centrale était possible. De même, et quoi qu'en disent les "experts-promoteurs",  l'explosion d'une usine de retraitement des combustibles serait bien pire que celle de Tchernobyl, d'où la défense antiaérienne installée à la Hague, après la destruction des tours de New-York par des terroristes, pour protéger Paris. Depuis l'Accord signé en 1959 entre l'Agence Internationale

 

 

 

de l'Energie Atomique (AIEA) et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), des réunions d'experts indépendants sur le nucléaire semblent impossibles, l'OMS étant dépendante des promoteurs installés au sommet de la hiérarchie de l'Organisation des Nations Unies (ONU) . Les statuts précisent que le principal objectif de l'AIEA est "d'accélérer et d'accroître la contribution de l'énergie atomique pour la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier".   Pour retrouver une autorité médicale

 indépendante, nous devons demander aux Ministres de la Santé d'amender l'accord AIEA/OMS, afin que l'OMS retrouve son autonomie.

 

 

 

 

En effet, sa constitution demande qu'elle agisse "en tant qu'autorité directrice et coordinatrice, dans le domaine de la santé...", ce qui implique "d'aider à former, parmi les peuples, une opinion publique éclairée en ce qui concerne la santé "'

Une des conséquences de la dé­pendance juridique de l'OMS face à l'AIEA a été le retard de l'aide de l'OMS à Tchernobyl, les projets de recherche étant dictés par l'AIEA. La censure des actes de la conférence de l'OMS, sur "Les conséquences de Tchernobyl et d'autres accidents radiologiques sur la santé", de novembre 1995, actes promis pour mars 1996, en est une autre.

 

   

 

L'explosion d'une usine de retraitement des combustibles comme' celle de La Hague serait bien pire que celle de Tchernobyl

 

 

Rayonnements ionisants artificiels et atteintes génétiques

 

Avant la création de l'AIEA, l'OMS a réuni un "groupe d'étude avec les plus brillants géne­ticiens de l'époque". Le groupe devait définir les risques génétiques engendrés par l'augmenta­tion de la radioactivité artificielle qu'entraînait le développement du nucléaire commercial. II écrivait :"Le patrimoine héréditaire est le bien le plus précieux dont l'être humain soit le déposi­taire, puisqu'il engage la vie de la descendance, le développement sain et harmonieux des géné­rations à venir... II est démontré que les rayon­nements ionisants figurent parmi les agents qui provoquent des mutations chez un grand nom­bre d'organismes, des bactéries aux mammifè­res. Le groupe est d'avis que de nouvelles muta­tions survenant chez l'homme seront nuisibles aux individus et à leurs descendants."

 

Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan écrit en 2000 que, parmi les 9 millions de victimes, il y a 3 millions d'enfants qui "ont besoin de traitements médicaux et ce n'est pas avant 2016, au plus tôt, qu'on saura le nombre véritable de ceux qui développeront probable­ment des maladies. Leur vie à l'âge adulte, qui approche, a bien des chances d'être assombrie, comme l'a été leur enfance. Nombreux sont ceux qui mourront prématurément".

 

Le Pôle du radiocésium (CsI37)

Après l'explosion de Tchernobyl, une gran­de partie de la radioactivité était due à des radionucléides de courte période radioactive, comme l'iode 131. Ensuite le césium 137 (Cs137) et le strontium (Sr90), avec une longue période radioactive, ont pris le relais. Actuelle­ment, la dose de rayonnements due à Tchernobyl est à 80% inter­ne, reflétant a contamination de la chaîne

 

 

 

  • Le professeur Nesterenko de l’institut Belrad

 

Dans les régions contaminés, les enfants sont apthiques et présentent des troubles fonctionnels cardiaques

 

alimentaire. Ce sont surtout les familles pauvres et celles qui consom­ment les produits des potagers et des basses-cours, ainsi que baies, champ­ignons forestiers et poissons des lacs, qui se contaminent le plus.

Le Dr Michel Fernex et sa femme Solange

 

pathologies et za radioactivité arUtrcrelle inco(­porée. II a cherché à savoir si certaines maladies dont la fréquence avait énormément augmen­té, étaient associées à une forte charge radioac­tive incorporée, mesurée chez les malades 1'. La corrélation entre contamination radioactive et maladies cardiovasculaires, digestives, infectieu­ses, endocriniennes, neuropsychiques et autres, a été démontrée. Ces travaux ont été stoppés

 

Avec 5 ans de retard, l'AIEA admet les cancers de la thyrolde de  l'enfant, qui seraient dus à l'iode radioactif, mais néglige le reste de la pathologie et ignore les maladies  thyroidiennes non cancéreuses de Tchernobyl, qui représentent 99% des maladies de cette glande

 : auto­destruction par le système immunitaire déréglé, tumeurs bénignes etc.

 

en 1999, par l'incarcération de Bandajevsky, du fait, semble-t-il, de ses  recherches. Lors de décès, des autopsies ont permis de mesurer la radioactivité dans chaque organe et de trouver un lien entre maladies et charge en Csl37. Cer­tains tissus fixent 100 fois plus de Csl37 que d'autres. Une charge élevée dans le coeur entraîne la dégénérescence et la mort de cellu­les musculaires. Dans

 

Les rayonnements altèrent les structures cellulaires et le génome Avoine dose de rayonnements ionisants artificiels n'est inoffensive, bien que des mécanismes de séparation existent. Les cellules endommagées qui survivent peuvent se diviser, avec persistance d'anomalies responsables de maladies ou de cancers. S'il s'agit de cellules germinales, ce sont

les descendants qui héritent des maladies génétiques. Ces rayonnements induisent aussi une fragilisation du génome qui se manifeste au cours des divisions cellulaires ultérieures, voire dans les générations suivantes, avec une aggravation des dommages, comme l'a démontré Goncha­rova chez des rongeurs du Bélarus, jusqu'à 300 km de la centrale `. Dubrova trouve dans des familles irradiées lors des essais atomiques au Kazakhstan, une augmentation des mutations à la 3ème génération `.

Le foetus et l'enfant pendant sa croissance sont plus sensibles aux rayonnements que les adultes, ce qui explique pourquoi les principales victimes de Tchernobyl sont les enfants. Le

 

 

Travaux de l'Institut du Pr. Bandajevsky

Bandajevsky, recteur de la Faculté de méde­cine de Gomel, la province la plus touchée par Tchernobyl, secondé par l'Institut de radiopro­tection indépendant BELRAD du Pr. Nesterenko, a montré la corrélation qui existe entre diverses

 

 

des régions contaminées par plus de 5 curies (Ci) de Cs137 par kMZ, les  enfants sont apathiques et ont des troubles fonctionnels cardiaques : une tension artérielle instable et dans près de 50 % des cas, une

 

 

Solange et Michel Fernex, Galina Bandajevskaya, Wladimr Tchertkoff, le P. Nesterneko et sa femme

 

 

hypertension près un effort minime' . Banda­jevsky décrit dans ces populations la cardiomyo­pathie du césium, qu'il reproduit en adminis­trant du Cs137 au rat, ce qui provoque une dégénérescence du muscle cardiaque comme chez l'homme.

Les glandes à sécrétion interne (sexuelles, surrénale, thyrôide, pancréas), thymus et courr et parfois le système digestif, sont les organes les plus chargés en Csl37'1'. Cela en-traîne des troubles des équilibres hormonaux, conduisant à la stérilité. L'atteinte du pancréas semble à l'o­rigine du triplement de la fréquence du diabète grave de l'enfant à Gomel. Les maladies diges­tives vont des gastro-duodénites aux ulcères et précancéroses de l'estomac chez l'enfant.

 

 

Autres maladies

engendrées par Tchernobyl

 

Les 600.000 à 800.000 ouvriers, techni­ciens, militaires jeunes et sains, mobilisés pour décaper les sols, recouvrir les routes de béton, construire le sarcophage autour du réacteur explosé, sont appelés "liquidateurs". Après ce travail en milieu contaminé, ils sont retournés dans leurs pays respectifs. A part des pompiers et ouvriers des premières heures, qui ont été atteints des maladies aiguës des rayons, et dont une trentaine seraient décédés, les liquidateurs ont repris leur travail. Au cours des années, des

 

 

Belarus était en augmentation. Au cours des années 90, la mortalité a dépassé la natalité, entraînant une chute de la population : -1,1 en 93, -1,9 % en 94 et -3,1 % en 1995''". L'incidence des malformations congénitales le plus souvent d'origine génétique a doublé dans les régions rurales fortement contaminées".

Comme l'exprimait Kofi Annan, les souffran­ces dues à Tchernobyl ne font que débuter. 

 

Bibliographie chez l'auteur

Dr. Michel Fernex

e-mail: s. m.fernex@wanadoo.fr

 

L'atteinte du système immunitaire a été précoce après l'explosion du réacteur, avec des altérations des globules blancs et des anti­corps'g'. Ainsi, les maladies infectieuses de l'en­fant irradié ont une évolution plus chronique et plus maligne que dans des zones moins contaminées. 

 

 

pour se protéger su désium 137, il faut cesser de copnsommer des aliments contaminés : ce n'est pas à la portée des pauivres de laz région de Tchernobyl

 

 

Bandajevsky vérifie ses observa­tions par des expé­riences chez l'ani­mal auquel il admi­nistre du Cs137. II reproduit ces ma­ladies, y compris les malformations congénitales et la stérilité. La science exige que des expé­riences soient re-produites pour confirmer ou infirmer des résultats.

 

L'absence de publications négatives cache-t-elle des résultats concordants que leurs auteurs doivent

taire ? L'Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire (IPSN), filiale du CEA, avait invité Bandajevsky il y a 10 ans à Paris. Des collaborateurs avaient exprimé beau­coup d'intérêt pour ses travaux et promis une collaboration. Puis ce fut le silence.

 

 Se protéger du Cs137

Pour se protéger du Csl37, il faut cesser de consommer des aliments contaminés. Ce

 

 

n'est pas à la portée des pauvres dans la région de Tchernobyl, même quand l'état fournissait gra­tuitement des repas radiologiquement "pro­pres" à l'école dans les zones contaminées par plus de 5 Curies de Csl37 par km=. Ces enfants avalent aussi droit à un séjour d'un mois, dans l'environnement propre d'un sanatorium.

Cependant, l'irradiation interne peut être réduite par des chélateurs, comme le bleu de Prusse (qu'on donne aux vaches  contaminées dans les kolkhozes pour que le

 

 

 lait soit consom­mable), certaines algues ou la pectine de pomme, préparée à partir des déchets secs, obtenus après avoir pressé le jus. La pectine de pomme donnée aux repas pendant un mois réduit la charge en Cs137 des 2/3.''°". La revue française de Cardiologie, CARDINALE, a publié un travail de Bandajevsky qui démontre le rôle du Cs137 dans les pathologies cardiaques'"'. Une cure de pectine de pomme réduit la charge de Cs137 et réduit en partie les anomalies de l'électrocardiogramme.

 

 

 

Références

 

 

1. OMS de santé mentale que pose l'utilisation de l'energie atomique à des fins pacifiques. Rapport d'un groupe d'étude. Série cc rapports techniques No 151, Genève 1958

2. OMS  :  DOCUMENTS FONDAMENTAUX. Quarantieme Edition. Constitution & Accord entre l'AIEA et l'OMS. p1-18 & p62-66 (WHA 12.40). (www.who.org), OMS Genève, 1994 3. OMS. Effets génétiques des radiations chez l'homme, Rapport d'un groupe d'étude réuni par l'OMS. Organisation Mondiale de la Santé, Palais des Nations Genève, 1957

4. Goncharova RI & Ryabokon NI: The levels of cytogenetic injuries in consecutive generations of bank voles, inhabiting radiocontaminated areas. Proceedings of the Belarus-Japan Symposium in Minsk. "Acute and late Consequences of Nuclear catastrophes: Hiroshima, Nagasaki and Chernobyl", p.312-321, Oct 3-5, 1994

5. Dubrova YuE : Monitoring of radiation­induced germline mutation in human. Swiss Med Weekly 133. p474-478, 2003

6. Bandazhevsky Yul & Lelevich VV : Clinical and experimental aspects of the effect of incorporated radionuclides upon the organism pp 128. 1995 / Bandazhevsky Yul : Pathophy­siology of incorporated radioactive emissions. Gomel state Institute, pp9 ï, 1998

7. Bandajevsky Yul & Bandajevskaya G. Incorporated caesium and cardiovascular pathology. Internat. J. Radiatlon Med. 3 (1-2): pl 1-12, 2001

8. Bandazhevsk, Yul. Chronic Cs 137 incorporation in children's organs. Swiss Med. Weekly 133: p488-490 22 J3

9. Pelevina Irma & Titiov L :  Témoignage et rapport illustré; Tribunal Permanent des Peuples Conséquences sur l'environnement la Santé et les Droits de la Personne.  Edit. Ecodif ISBN 3-00-001533-7 Vienne. Autriche, 12-15 avril 1996

10. Nesterenko VB & Nesterenko VI Babenko VI, Yerkovish TV &   Babenko IV  :  Reducing the 137Cs load in the organism of Chernobyl children with Pectin.  Swiss Medical Weekly, 1­2, 2004 / NesternkoVB, Devoino AN, Nesternko IE & al. : Monitoring of the population of the Cher,nobyl regions of Belarus for radio protection, by assessment of radionucleides in food and and human organism. Internat. J. Radiation Med 3 1-2, p93, 2001

11        Bandajevsky Yul & Bandajevskaya G : Cardiomyopathies au cesium 137. CARDINALE (Paris), XV : No 8 p40-42, Octobre 2003

12. Matsko VP : Current state of epidemiological studies in Belarus about Chernobyl sufferers. Research activities about the radiological consequences of the Chernobyl NPS accident. Ed. Imanaka T Research Reactor Institute, Kyoto University, p127-138, 1998

13. Lazjuk G & al. Genetic consequences of the Chernobyl accident for Belarus Republic. Research Activities about Radiological Consequences of the Chernobyl NPS Accident Ed. IMANAKA, KURRI-KR-21. Research Reactor Institute, Kyoto University, March 1998 p174-177

 

 

Vidéos et livres à connaître ou à diffuser

 

 « Le Sacrifice » - Feldat-film - Suisse, 2003 de Emanuela Andreoli, Romano Cavazzoni et Wladimir Tchertkoff Des centaines de milliers d'hommes - surnommés les liquidateurs - ont sacrifié leur santé pour combattre l'incendie de Tchernobyl, construire le sarcophage et réduire, autant que possible, l'ampleur de la conta­mination. Leur sacrifice a été mal récompensé. La Russie, l'Ukraine et la Biélorussie les ont abandonnés à eux-mêmes. L'Occident les ignore. Ce film est le témoignage poignant de ces liquidateurs et de leurs com­pagnes, sur trois périodes distinctes de leur vie : 1986, 1991 et 1999. Le bilan officiel de la catastrophe fait état de 31 morts. Ce chiffre n'a pratiquement pas varié depuis 17 ans. Or, des 5 liquidateurs suivis dans ce documentaire, aucun n'a survécu. Combien d'autres

décès ont été oubliés par les registres officiels ? Qu'est-il advenu des dizaines de milliers de morts dont font état les associations de victimes ?

 

 

 

  • Vidéos disponibles à Feldat-Film            6945 Origlio-CH; mail: eandreoli.Qvtx.ch ou vendues en DVD auprès de la Crii-rad / 20 € + 2e  port

 

  • « Controverses nucléaires » - Feldat-film - Suisse, 2003- de Emanuela Andreolii Romano Cavazzoni et Wladimir Tchertkoff

A la fois bouleversant et révoltant, ce film montre, avec une extrême sobriété, la façon dont les instances internationales et particulièrement l'Agence Interna­tionale de l'Energie Atomique (AIEA) écartent avec froideur et arrogance les véritables conséquences de Tchernobyl sur la santé des populations exposées. Bien que les travaux de Bandajevsky ou Nesterenko démontrent les ravages des faibles doses (dues au césium 137 incorporé dans l'organisme) sur les systè­mes et les organes vitaux des habitants, les scienti­fiques de l'Organisation Mondiale de la Santé et de l'AIEA continuent d'ignorer avec dédain la réalité pour­tant criante du terrain. Pour mieux montrer l'aberran­te attitude des scientifiques officiels, celle-ci est donc filmée en parallèle dans les villages ou les écoles. Vibrant et terrifiant.

 

 

La supplication - Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse, de Svetlana Alexievitch

Un livre à acheter, qui donne la parole aux victimes de Tchernobyl, l'auteur étant elle-même malade après de nombreux voyages en zone contaminée.

- Editions Lattes , ou ver­sion poche chez J'ai lu.