Youri Bandajevski, prisonnier biélorusse

Ce médecin de 46 ans est l’auteur d’un rapport critiquant les recherches

officielles sur l’accident de Tchernobyl

 

 Catherine REBUFFE  - La Croix  01 février 2003

 


Youri Bandajevski, détenu à la prison UZ 15/1 de Minsk: la présentation est lapidaire. Tout comme l'ont été son interpellation, le 13 juillet 1999, puis sa condamnation,  le 18 juin 2001, à 8 ans de prison dans une colonie pénitentiaire. Ce Biélorusse a été jugé coupable,par la Chambre militaire de la Cour suprême de Biélorussie, d'avoir touché des pots-de-vin de la part d'étudiants de l'Institut médical de Gomel, dont il était le recteur. Cette ville, située au sud de la Biélorussie, se trouve dans une zone proche de l'Ukraine, fortement contaminée par l'explosion dé la centrale de Tchernobyl en 1986.

Pour Amnesty International, comme pour le Comité de défense des hommes  de sciences de l'Académie des sciences de Paris, ainsi que pour le groupe des députés Verts européens et l'association France­Libertés, il ne fait aucun doute que le professeur Youri Bandajevski est un prisonnier d'opinion. Ce médecin de 46 ans est l'auteur d'un rapport critiquant les recherches officielles sur l'accident de Tchernobyl. Il y dénonçait une dépense de 17 milliards de roubles biélorusses en 1998, sans aucun résultat et proposait une révision des programmes scientifiques. Il dénonçait également la politique de retour de la population biélorusse qui avait fui la zone  contaminée  après l'explosion. Car, selon ses travaux, la région est loin d'être assainie, affectant gravement l'état de santé de la population.

Lors de son arrestation, Youri Bandajevski a d'abord été accusé de "terrorisme'", avant d'être jugé pour corruption, sans preuve et avec les seuls aveux d'un collaborateur qui s'est rétracté par la suite. Pour les observateurs présents à son procès, les droits de la défense n'ont jamais été respectés. Son épouse Galina, également médecin craint pour la vie de son mari. Lors de leur dernière entre vue, il y a deux semaines, son état la beaucoup inquiétée. Il souffre d'un ulcère à l'estomac et de dépression.  "Son seul recours juridique  est une grâce présidentielle à  condition de reconnaître sa culpabilité. Mais comment  reconnaître une faute qu’il, n'a pas commise?", interroge Galina Bandajevskaïa', désemparée. '

 

Catherine REBUFFE