Mobilisation antinucléaire pour le professeur Youri Bandajevsky.

 

DROITS HUMAINS   Aujourd'hui d 14 h, Contratom appelle a un rassemblement sur la place des Nations, a Genève, pour défendre un chercheur biélorusse emprisonné.

 

Philippe Bach   -  Le Courrier – Genève,  le 15 avril 2004


 

Ce mardi, la place des Nations à Genève accueillera les traditionnelles banderoles de l'association antinucléaire Contratom. Cette dernière relaie en effet en Suisse une action internationale menée pour faire sortir du goulag biélorusse où il est enfermé depuis près de rois ans le professeur Youri Bandajevsky.

 Au départ, le professeur Bandajevsky était défendu par la CRII-Rad (Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité). C'est cet organisme français qui avait dévoilé en 1986 la supercherie orchestrée par le Gouvernement français qui prétendait que le nuage radioactif de Tchernobyl s'était arrêté aux frontières. Depuis, toute une série d'associations se sont saisies de cette affaire 1 .

 AU GOULAG

Le scientifique biélorusse a été appréhendé sous le coup d'un décret présidentiel contre le terrorisme. Puis il a été condamné à huit ans de goulag, le 18 juin 2001, prétendument pour avoir été soudoyé par les parents de candidats à l'admission dans son institut.  Aux huit ans de prison s'ajoutent encore cinq ans d'interdiction de direction de recherche.

 Selon les divers organismes qui le défendent, il s'agit d'un procès truqué, et ses accusateurs se sont ailleurs tous rétractés depuis, avouant avoir témoigné sous la contrainte. L'Organisation pour la sécurité et la coopération cri Europe (OSCE), «présente au procès, a dénoncé huit infractions au code de procédure biélorusse», selon le communiqué appelant à la manifestation.

 INTÉRÊTS PRIVÉS LÉSÉS

Les travaux du professeur Bandajevsky dérangent parce qu'ils contestent certains dogmes en matière de radioprotection. Rappelons que cet anatomo-pathologiste, recteur de l'Université de Gomel en Biélorussie, zone très touchée par les retombées radioactives de la catastrophe de Tchernobyl, est un spécialiste des effets destructeurs du césium radioactif sur l'organisme humain. Il a notamment

 

mis en évidence « une relation quantifiable entre la dose de radioactivité mesurée dans l'organisme et la gravité des symptômes».

 Ces travaux posent problème au pouvoir en place en Biélorussie et à certains intérêts privés, car ils vont à l'encontre de la politique de repeuplement de certaines zones contaminées par la catastrophe de Tchernobyl. Le chercheur avait également mis en évidence le fait que certains fonds destinés à venir en aide aux populations touchées par cette catastrophe ont été détournés.

 CAMPAGNE DE SOUTIEN

Depuis l'embastillement du chercheur, les recherches sur lesquelles il travaillait ont été stoppées. Et ses bases de données ont été confisquées, ce qui constitue une perte scientifique considérable.

 Une campagne de soutien est menée depuis plusieurs années. Treize mille signatures ont été récoltées à ce jour, destinées an Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Le cas avait également été porté devant la Commission des droits de l'homme de l'ONU. Aujourd'hui, dans le cadre du point 17 de l'ordre du jour de cette commission («Promotion des droits de l'homme, science et environnement»), les différentes organisations non gouvernementales qui se mobilisent depuis trois ans pour obtenir la libération et la réhabilitation du chercheur devaient à nouveau intervenir.

 A cette occasion, elles appellent à un rassemblement sur la place des Nations, à Genève, à 14 h afin de donner du relief à l'événement.

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 1  Appellent à la manifestation: Contratom, le Comité Bandajevsky, France Libertés, l'Association les enfants de Tchernobyl et Amnesty international.

 Il existe un site Internet géré par le comité de soutien au professeur Bandajevsky: www.comite-bandaievsky.org.