Bandajevski, musclé intellectuellement et physiquement

 après 4 ans de prison

 

06/06/2004 - 04:35

GUEZGALY (Bélarus), 6 juin (AFP)

 


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"C'est la science qui m'a sauvé". Iouri Bandajevski, spécialiste bélarusse de la médecine nucléaire, dont le régime de détention vient d'être allégé, a mis à profit son séjour en prison pour préparer deux livres et se faire des biceps impressionnants.

 

Il peut désormais recevoir librement des visiteurs, y compris un journaliste de l'AFP, dans la colonie pénitentiaire de Guezgaly, logée dans une caserne ayant appartenu à une unité de missiles nucléaires démantelée en

 

Le professeur Bandajevski, 47 ans, a été arrêté fin 1999 et condamné en juin 2001 pour "corruption" à huit ans de détention en camp à régime sévère, peine réduite à six ans par une amnistie.
 

Pour Amnesty international il est prisonnier d'opinion, un titre accordé seulement après une enquête poussée.
 

Ancien recteur de l'institut de médecine de la ville de Gomel, dans le sud du Bélarus, proche de la centrale de Tchernobyl en territoire ukrainien, le savant avait étudié les effets sur la santé des habitants de la catastrophe nucléaire survenue en 1986.

 

Il a notamment accusé le pouvoir de son pays d'irresponsabilité dans la gestion des retombées sur la santé des populations.

 

Les quatre années de prison ne l'ont pas brisé. Il a fait beaucoup de sport (le tour de ses biceps a atteint 45 cm) et il a réfléchi, dit-il. Sûr de lui, énergique, souriant, portant des vêtements civils que vient de lui apporter sa femme, on pourrait le prendre pour le directeur de la prison plutôt que pour un détenu.
"Le plus important est d'avoir confiance en soi, de croire en son destin. C'est ce que je me disais en prison: je dois suivre ma voie", répète-t-il.

 

"J'ai compris que j'aimais la science plus que tout au monde. (...) Pendant ces années de prison, j'ai noté sur des feuilles volantes mes réflexions sur mon domaine, l'impact du milieu sur l'organisme. Quand je les ai réunies, il en est sorti des articles. Cela devrait donner un livre, peut-être plus d'un".
 

A côté de travaux scientifiques, il compte publier aussi un "manuel de survie en prison" contenant des conseils médico-sociologiques et destiné à aider les gens tombés dans la même situation que lui.

 

Bandajevski avait écrit au président bélarusse Alexandre Loukachenko pour demander l'annulation de sa condamnation. Le chef de l'Etat a répondu qu'il était prêt à le gracier s'il se reconnaissait coupable. Le médecin a refusé, choisissant de rester en prison.

 

Qui est vraiment responsable de ce qui lui est arrivé ? Le savant pense que le complot contre lui a été piloté "par de gros poissons du lobby nucléaire, à l'extérieur du Bélarus".

 

Après sa libération, attendue normalement dans deux ans et demi, Bandajevski ne compte pas faire de déclarations politiques. "Je vivrai comme avant. Vous ne voulez pas de mon travail, très bien. Mais je resterai toujours fidèle à la science, indépendamment du lieu où je me trouverai", dit-il, laissant entendre qu'il pourrait choisir de s'exiler.

 

Pendant la première année de sa détention, le médecin avait reçu dix mille cartes postales de soutien, pendant les deux suivantes, quinze mille. De France, des Etats-Unis, du Canada, des Pays-Bas ou d'Australie. Mais pas du Bélarus.

 

"Pas une seule lettre. J'ignore pourquoi. J'ai bien eu quelques voeux d'anniversaire, sinon, les gens apparemment ont eu peur", dit le chercheur qui est pessimiste sur l'évolution de son pays à court terme.
"La société bélarusse n'a pas beaucoup changé. C'était une pépinière communiste et les communistes dictent toujours les conditions aujourd'hui, cela ne changera pas en quelques années", conclut-il.