Wladimir Tchertkoff

 

"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"

Professeur Youri Bandazhevsky

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23 août 2003

La libération s'approche?

 

 


 

 

Plusieurs faits convergents font penser que prochainement il pourra y avoir du nouveau au sujet de la libération du professeur Bandajevsky.

 

1. - La lettre ci-dessous, que la Chambre des représentants de l'Assemblée nationale de la République du Belarus a adressée au Comité de soutien au professeur Bandajevsky en France, invite de fait le détenu à réitérer sa précédente demande de "grâce" au président Loukachenko, refusée en octobre 2001 : cette fois-ci, vu le temps de détention écoulé, le Président pense pouvoir considérer de nouveau la question.

 

08.08.2003

 

Assemblée nationale de la République du Belarus

Chambre des représentants

Commission des droits de l'homme 

au

                                                                                                                    Comité de soutien au

professeur Bandajevsky

                                                                                            France

 

En réponse aux nombreux appels que vous avez adressés à la Chambre des représentants de l'Assemblée nationale de la République du Belarus au sujet de la grâce du professeur Y.I. Bandajevsky, nous vous informons que le 18 juin 2001 le professeur Y.I. Bandajevsky a été condamné par le Tribunal militaire de le Cour suprême de la République du Belarus, sur la base du par. 2 art. 430 du Code pénal de la R.B. (concussion), à 8 ans de privation de la liberté avec confiscation des biens et interdiction pendant 5 ans d'occuper des fonctions avec responsabilités d'organisation.

 

En octobre 2001 il s'est adressé à l'Administration du Président de la République du Belarus avec une demande de grâce, qui cependant lui a été refusée du fait qu'il n'avait purgé qu'une partie insignifiante de sa peine.

 

En juillet 2003 un groupe de députés de la Chambre des représentants de l'Assemblée nationale de la République du Belarus s'est adressée au Président de la R.B. en lui demandant la grâce pour Y.I. Bandajevsky.

 

Le Président envisage la possibilité d'examiner une deuxième fois la question de la concession de la grâce à Y.I. Bandajevsky, si celui-ci en fait la demande au Président de la République du Belarus suivant les formes requises.

 

Vice président de la Commission                                                             A.V. Svirid

 

N.B. Bandajevsky ne se reconnaît pas coupable et n'a jamais demandé la grâce. En protestant son innocence par rapport au délit qui lui a été imputé il a demandé à Loukachenko de le libérer par un acte d'humanité, pour lui permettre de continuer ses recherches scientifiques. "En poursuivant mes travaux scientifiques pour la protection des habitants de la région de Tchernobyl, je serai plus utile pour la préservation de la nation que je ne puis l'être dans une Colonie de ré-education, où je suis détenu."  C'est ce que Bandajevsky est en train d'écrire, aujourd'hui même, une seconde fois à Loukachenko. L'expression "suivant les formes requises" de la lettre de la Chambre des représentants concerne le cheminement bureaucratique de la requête et non l'éventuelle reconnaissance de la faute ou le repentir du prisonnier : la demande de Bandajevsky devra être adressée à la direction de la prison, qui réunira une commission, interrogera le détenu, jugera son comportement et prononcera ses conclusions, avant d'acheminer le dossier à l'Administration du Président. La direction de la prison peut également intercéder, en appuyant la demande de grâce, ou ne pas le faire. Elle ne le fera pas dans le cas présent, car Bandajevsky ne se reconnaîtra pas coupable de concussion, mais elle acheminera la requête de Youri au Président (voir plus loin). Galina m'a expliqué que Loukachenko a la faculté de gracier ou non, une fois que la demande lui aura été présentée, quelle qu'en soit la formulation ou les motifs du détenu.

 

2. - Appel d'un groupe de députés du Belarus.

Au courant du mois de juin, Garri Pogoniailo, l'avocat qui a formé le recours près le Comité des Droits de l'Homme de l'ONU, m'a informé de l'intention d'un groupe de députés biélorusses, le "Groupe Respoublika", d'adresser un appel à Loukachenko pour la libération de Bandajevsky. Je lui ai envoyé des extraits de textes précédents de Michel Fernex, de Marie Anne Isler Béguin, de Bella Belbéoch, ce qui a donné l'appel ci-dessous, dont parle la lettre de la Chambre des représentants.

 

APPEL

Au Président de la République du Belarus

Loukachenko A.G.

 

Estimé Alexander Grigorievitch, le 18 juin 2000, le Pr. Youri Bandazhevsky, ex-recteur de l’Institut de médecine de Gomel, accusé de corruption, a été condamné par le tribunal militaire de la Cour Suprême du Belarus à huit ans de prison à régime sévère. Nonobstant le fait que l'avocat défenseur a dénoncé des violations de normes du code pénal et du code de procédure pénale au cours du procès, l'accusé n'a pas pu bénéficier du droit d'appel contre le verdict, car la décision de la Cour Suprême n'est pas sujette à recours. Actuellement, la communication individuelle de l'avocat dans les intérêts de Y. Bandajevsky est examinée au Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies à Genève (Suisse).

L'affaire de Y. Bandajevsky continue à susciter un énorme intérêt au Belarus et à l'étranger. Il s'agit d'un scientifique de renommée internationale, qui travaillait dans le domaine de la médecine radiologique.

Pour ses travaux dans le domaine de la médecine radiologique, Y.Bandajevsky a été décoré de la prestigieuse médaille et de l'Etoile d'Or de Albert Schweitzer et l'organisation internationale Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (IPPNW) l'a décoré de la médaille d'Hippocrate. Selon les informations provenant de France il a été élu citoyen d'honneur de Clermont Ferrand, ville jumelée avec Gomel. En mars 2003, la mairie de Paris a conféré, pour la première fois dans son histoire, le titre de citoyen d'honneur de la ville à un Biélorusse, au professeur Youri Bandajevsky.

Une conséquence de l'extrême attention portée à l'affaire de Y.Bandajevsky a été la décision du Parlement européen de lui attribuer un "Passeport pour la Liberté". La célèbre organisation de défense des droits de l'homme, "Amnesty International", considère Y.Bandajevsky comme prisonnier d'opinion et entreprend des actions pour sa libération. Le sort de Y.Bandajevsky préoccupe de nombreuses organisations internationales et des gouvernements, dont les représentants visitent la colonie où il purge sa peine.

Alexandre Grigoriévitch, dans votre intervention à New York, lors du Sommet du Millénaire de l'ONU, vous vous êtes adressé à la communauté internationale afin que notre pays reçoive enfin des aides dont il a besoin, pour atténuer les conséquences sanitaires et économiques de l'explosion de la centrale de Tchernobyl.

De nombreux parlementaires européens que nous rencontrons connaissent les travaux du Professeur Uri I. Bandazhevsky. Les médecins et chercheurs indépendants d'Europe, qui attribuent une importance exceptionnelle aux travaux de l'ancien Recteur de Gomel, ont réagi positivement à votre demande. En accord avec le Secrétaire Général des Nations Unies, qui évalue en 9 millions les victimes de Tchernobyl et affirme que la tragédie ne fait que commencer, ils réfutent la politique de l'AIEA et de l'UNSCAER, qui ne veulent pas admettre les conséquences de Tchernobyl sur la santé. Ces agences ont mis plus de cinq ans à accepter, du bout des lèvres, que l’épidémie de cancers de la thyroïde chez les enfants était bien due aux iodes radioactifs émis par Tchernobyl, et ne veulent reconnaître rien d’autre, à part des effets " psychologiques ". Elles n’admettent pas l’augmentation de morbidité chez les enfants, qu’il s’agisse d’anémies, de troubles du système cardio-vasculaire, des systèmes musculo-squelettique, génito-urinaire, d’asthme, de troubles mentaux, de retard de puberté, de diabète etc. Les deux Agences ne reconnaissent jusqu'à présent que la mort de 32 pompiers des premières heures de la catastrophe, 200 cancers causés par irradiation aiguë et 2000 tumeurs à la thyroïde comme conséquences de l'accident de Tchernobyl, alors que des dizaines de milliers de jeunes "liquidateurs" en pleine santé sont déjà morts et continuent de mourir. Le lobby nucléaire et la médecine officielle condamnent sciemment des millions de cobayes humains à expérimenter dans leur corps des pathologies nouvelles dans le vaste laboratoire des territoires contaminés par Tchernobyl.

Depuis 1985, suite à la catastrophe de Tchernobyl la natalité a chuté au Belarus de près de la moitié: elle était en 1985 de 17,5‰ et est aujourd’hui de 9,1 ‰, alors que la mortalité a augmenté de 9,2‰ à 13,5‰. Depuis 1993, la mortalité dépasse la natalité et met en péril l’existence même de la nation. Selon les données officielles du ministère de la Santé, avant 1986 les enfants malades au Belarus étaient 20%, aujourd'hui ils sont 80%. [Auditions parlementaires sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl en avril 2000.] Chaque année la population du Belarus diminue de près de quarante mille unités.

Les travaux de Y. Bandazhevsky révèlent une action nocive des radionucléides incorporés d’une façon chronique sur l’état sanitaire des habitants de notre pays. Il devient évident aujourd'hui que cette nocivité ne peut pas être expliquée correctement par les concepts de base de la radioprotection, concepts élaborés principalement à partir de l’irradiation externe et non sur l’irradiation interne chronique à laquelle sont exposés nos compatriotes.

Tous demandent que les travaux de l'Institut de pathologie de Gomel, effectués sous la direction de Y.Bandajevsky, reprennent. C’est là qu’a été révélée au monde la corrélation qui existe entre la charge tissulaire de radiocésium et les dommages causés aux organes. Le niveau de morbidité dans la population des régions contaminées est directement proportionnel à cette contamination. Deux millions de personnes, dont 500 000 enfants, vivent dans les territoires contaminés de notre pays. Ainsi, toutes les mesures qui parviendraient à permettre aux enfants de suivre leur scolarité dans de bonnes condition de santé, méritent le soutien de tous.

Nous ne désirons pas discuter ou critiquer l'aspect judiciaire de l'affaire Bandajevsky, mais nous nous adressons à vous, Alexandre Grigorievitch, avec la prière de prendre une décision politique et humanitaire en libérant le professeur Y.Bandajevsky, en considération de ses mérites scientifiques et de l'utilité qu'il pourra encore apporter à notre peuple, victime de la catastrophe de Tchernobyl.

Estimé Alexandre Grigorievitch, seul vous pouvez aujourd’hui permettre à Youri Bandajevsky de reprendre ses recherches si essentielles pour les aides que le monde doit fournir à notre pays victime de la contamination radioactive. C’est pourquoi, dans l'intérêt de notre peuple, dans l'intérêt de toutes les victimes de cette catastrophe et pour la santé de ceux qui pourraient être victimes un jour d'un pareil malheur, nous vous prions instamment de mettre un terme à ce que le monde appelle l’«affaire Bandazhevsky».

 

Députés de la Chambre des représentants, membres de l'Assemblée nationale de la Rép. du Belarus

 

 

3. - Vendredi 22 août, conseillée par Vassili Nesterenko, Galina Bandajevskaya est allée interroger le directeur du Comité d'exécution des peines, KOVTCHUR. Avec un peu d'ironie elle lui a dit : "Je viens chez l'homme le plus proche, pour me consulter sur ce qu'il faut faire." - "Si vous voulez mon opinion, il faut absolument que le professeur Bandajevsky écrive au Président. Mais il ne veut pas le faire," fut sa réponse très sérieuse, pressante. En effet, le Comité et la direction de la prison étaient déjà au courant de la réponse de la Chambre des représentants, en avaient informé Youri et lui demandaient d'écrire. Kovtchur a dit à Galina que pour lui et pour la direction de la prison ce sera un soulagement, une libération, le jour où Bandajevsky sortira de prison. Son cas, auquel s'intéressent les chancelleries d'Europe, le Parlement de Strasbourg, Amnesty, les organisations humanitaires et maintenant le Parlement biélorusse, leur a ôté le sommeil, la gestion tranquille de leur galère. "De notre côté nous ferons tout pour favoriser et soutenir une décision positive." Mais après toutes les lettres qu'il avait déjà envoyées à Loukachenko, tant de son propre chef que sur incitation du député Konopliov, sans obtenir de résultat, Youri temporisait, n'y croyait plus, ne voulait plus le faire. Kovtchur a dit à Galina que sans la grâce et avec la nouvelle amnistie prévue en mars 2004, il ne sortirait au mieux que dans un an. "Et depuis que je l'ai vu la dernière fois, je suis persuadé que psychologiquement il ne tiendra pas le coup jusque là. Essayez de le persuader." - "Autorisez une rencontre."

 

4. - Le même jour, Galina et Youri ont parlé pendant deux heures et demie dans un parloir libre de barrières vitrées et de téléphones cassés. Youri lui a confirmé que depuis quelques jours il était pressé quotidiennement par la direction de la prison d'écrire son n-ème "demande de grâce". Jeudi prochain, le 28 août, se réunit la commission de la prison qui devra instruire une sorte de procès interne du détenu, de sa conduite, des motifs et de la teneur de sa requête etc., pour transmettre ses appréciations au Comité d'exécution des peines, qui, à son tour, rédigera ses conclusions avant de transmettre le dossier à l'Administration du Président. Mais il faut la lettre de Youri, qui n'arrive pas. Ils sont nerveux. Curieusement les rôles sont renversés. Il a expliqué à Galina que tout ce théâtre, qu'il a déjà vécu, n'apportera rien et qu'il est humiliant. Il sera debout comme un écolier devant ces flics-commissaires primitifs, ne sachant plus quoi leur dire quand ils lui demanderont ce qu'il vient fiche devant eux s'il ne se reconnaît pas coupable et ne se repent pas. Il faut se rappeler que, du point de vue de l'énergie psychique, Bandajevsky est un boxeur sonné, à bout de forces. Devant ce mélange d'injustice, de mauvaise foi et de bêtise, dans lequel il est plongé depuis 4 ans, son cerveau ne réussit plus à formuler de réponses. En deux heures de conversation, Galina l'a fourni de formulations logiques minimales. Les prendre, sinon de haut, à distance : "Si vous voulez comprendre pourquoi je suis innocent, donnez vous la peine de relire mon procès, qui, avec au moins huit violations du code pénal et de la procédure pénale, n'a su fournir aucune preuve de ma culpabilité. Je demande au Président Loukachenko d'user de son pouvoir de grâce pour libérer le scientifique innocent que je suis, pour que je puisse continuer à être utile à mon pays." A la fin, Youri a remercié Galina de l'avoir aidé à prendre sa décision : "de toute façon, tu n'as rien à perdre. Il faut le faire. Tes amis de l'étranger, Nesterenko, moi, tes filles le souhaitons et te le demandons." Il écrira sa lettre pendant le week end et ira au "procès" jeudi.

Le 8 septembre, Galina aura sa visite réglementaire à travers la vitre par téléphone. Elle lui demandera la formulation exacte de ce qu'il aura écrit.

Zinaida Gontchar, épouse de l'un des opposants à Loukachenko "disparus", conseille à Galina de ne pas trop y croire. A son avis la réponse de la Chambre des représentants est une réponse standard, qui n'aura aucune conséquence. Il y a eu des précédents. Chacun récite sa part dans ce théâtre absurde, à la fin, Loukachenko fait ce qu'il veut. Galina me dit en effet n'y croire qu'à 50%, je suggère 20.

Mais, il y a quand même des coïncidences…

 

5. - Le 14 septembre, la délégation du Parlement de Strasbourg arrive à Minsk.

 

6. - Le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies s'occupe finalement de l'affaire Bandajevsky.

 

7. - En prison Galina a su que la Cour Suprême a demandé à la direction de la prison, à la grande surprise de cette dernière, un compte rendu et des appréciations sur le détenu Bandajevsky. C'est la première fois que cela arrive.

 

8. - Des rumeurs se sont mises à circuler dans le pays. Une journaliste de Gomel a appelé Galina : "Est-ce vrai que le professeur Bandajevsky est en liberté pour raisons de santé?" … A la clinique où Galina travaille, des collègues lui on demandé si c'était vrai que son mari a été libéré.

 

Dans les semaines qui viennent nous devrions voir quelle est la part de mise en scène instrumentale et celle d'une évolution positive réelle. Et dans ce second cas dans quelle mesure elle sera positive. La seule mesure acceptable est la libération sans conditions, avec droit de voyager à l'étranger, poursuivre les recherches scientifiques, faire des conférences. Guérir.

 

Wladimir Tchertkoff

24 août 2003

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