Wladimir Tchertkoff

   

"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"

 Professeur Youri Bandazhevsky

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelles après trois mois de prison

Conversation téléphonique avec Galina Bandazhevskaya

Les 2 et 4 octobre 2001

 


La mère et la femme de Youri Bandazhevsky ont eu l'autorisation de passer 3 jours avec le prisonnier, du 28 au 30 septembre, dans une "chambre d'hôtel" destinée à ces rencontres à l'intérieur de l'enceinte de la prison. Elles lui ont apporté un colis de 30 kg de produits alimentaires, dont tous les trois ont dû se servir pour se nourrir pendant 3 jours, car il leur était interdit de sortir pour faire des courses. La prochaine rencontre longue sera dans 6 mois, en avril; la courte, téléphonique à travers la vitre, fin novembre, 4 mois après la précédente de juillet.

 

Galina Bandazhevskaya a une grande force de caractère. Cependant, en décrivant les conditions matérielles et surtout l'état moral de son mari, elle a dû s'interrompre à plusieurs reprises pour réprimer les larmes et a sangloté au téléphone.

 

Les conditions de Youri ne sont pas aussi bonnes que, de loin, nous souhaitions et espérions. Perdu dans la masse compacte des prisonniers de doit commun, c'est un solitaire pas comme les autres, qui n'arrive pas à s'adapter, à trouver sa place pour respirer. Il n'a pas la trempe d'un Soljenitsyne et oscille entre la dépression panique désorientée et une euphorie créatrice, dès qu'il est repris par les réflexions scientifiques. Mais ces moments d'activité intense, où il se retrouve lui-même, s'interrompent et capotent par manque de moyens. Il n'a pas où puiser l'information scientifique dont il a besoin.

 

Il faut imaginer que comme tous les détenus de ce goulag, il est vêtu d'une combinaison de toile noire avec l'inscription "BABDAZHEVSKY Y.I.", le crâne rasé, couvert d'un calot rond de toile noire. Comble de dérision, c'est sa femme qui a dû lui fournir l'accoutrement (la prison n'en a pas en bon état). Elle a fait le tour de tous les magasins de Minsk pour le trouver, et a fini par l'acheter à un ouvrier du bâtiment pour une demi bouteille de vodka. Dans la chambrée commune, qui réunit entre 80 et 150 détenus (il n'a pas voulu donner trop de précisions, qui pourraient lui être reprochées), ils n'ont qu'un minuscule appareil de télé, inaccessible pour lui à cause de la masse humaine qui se presse autour. Youri Bandazhevsky est un scientifique pur, un homme sensible, courtois, respectueux d'autrui. Il ne sait pas se défendre, conquérir son espace. Il est fragile dans ce milieu. Dépaysé, humilié et offensé, - mais "qu'importe l'humiliation" dit-il, "pouvoir travailler me sauverait!", - il est maladroit, un poisson hors de l'eau. "Mon système nerveux ne réussit pas à s'adapter". Il s'efforce de se tenir en mains, mais sur un fond d'angoisse et de dépression. Sa femme a noté une toux intermittente, un tic nerveux,. "Je ne réussirai pas à tenir le coup ici", lui a-t-il répété à plusieurs reprises, ne retenant plus les larmes.. Elle en est convaincue. Cela la désespère. C'est l'opinion aussi du chef de sa brigade: "avec cette condamnation à 8 ans il ne tiendra jamais le coup chez nous." Du point de vue de la santé non plus. La nourriture est totalement insuffisante : le matin bouillie (kacha) d'orge, une cuiller de sucre du pain et du thé si vous en avez; à midi soupe aux choux, kacha, pain; le soir kacha, pain. Pas de viande, pas de graisse, pas de produits laitiers. Le chef de brigade conseille de lui apporter des vitamines et des aliments plus riches, "autrement, avec cette durée de peine, la santé s'en ira à vau-l'eau, il perdra les dents, puis le reste".  

Galina : "Le dernier jour, il m'a déchiré l'âme".

 

 Le Professeur Nesterenko : "Ils ne s'attendaient pas de devoir vraiment vivre cela. Ils n'étaient pas prêts".

Pendant la période d'assignation à domicile, entre les deux emprisonnements, les Bandazhevsky se réfugiaient dans l'espoir que notre soutien grandissant de l'Occident leur éviterait cette épreuve.

Depuis que le Professeur Youri Bandazhevsky a été condamné sans appel à 8 ans de prison, plus personne ne parle de concussion ni de corruption à son sujet au Belarus. Quand un journal du régime – proche du milieu scientifique et médical officiel - l'attaque, c'est seulement pour dénigrer sa compétence scientifique et sa santé mentale. "Je suis un homme dangereux", dit-il. Le fait est que ceux qui ont intrigué et fait célébrer ce procès inique, ont voulu, en le faisant condamner à un "camp de redressement à régime renforcé", casser cet homme "dangereux". Ils y parviendront, si on le sort pas de là rapidement.

Concrètement.

La direction de la prison ne l'a fait bénéficier d'aucune condition spéciale. Il est traité exactement comme tous les autres dans ce type de camp (ou de colonie comme on les nomme maintenant). Il peut aller dans la bibliothèque de la prison, dépourvue de littérature scientifique, s'il veut travailler. Sa femme a voulu lui apporter une machine à écrire. Mais c'est interdit. Il a demandé que sa femme lui apporte un manuel avec cassettes pour étudier l'anglais. Les cassettes sont interdites. Il existe des "brigades où on est mieux que dans la mienne" – dit-il. Mais ce n'est pas pour lui. Un détenu qui fait le gardien de "l'hôtel" interne de la prison, a une petite chambre, une table, un divan un petit  appareil de télévision. C'est donc possible. Mais l'administration du camp, qui reçoit les lettres de l'étranger, répète : "Professeur ou pas professeur, dans la "zone" c'est la même chose. Il est malsain d'alimenter ses illusions. Il faut qu'il s'oriente sur les 8 ans, sinon il ne tiendra pas."

 

Demande grâce.

L'épouse, la mère et la fille de Bandazhevsky ont écrit chacune au Président du Belarus, Loukachenko, en lui demandant la grâce pour leur conjoint. Il leur a été répondu que l'Administration du Président prendra leur demande en considération dès que l'intéressé lui-même aura fait la même requête. Bandazevsky n'entend pas se repentir d'un délit qu'il n'a pas commis et a préparé une lettre à Loukachenko, où il réitère son innocence et lui demande d'user de sa prérogative de grâce pour le restituer à  ses travaux scientifiques d'homme libre.

 

De son côté, le Professeur Nesterenko a su à l'Ambassade de France que, le 16 août dernier, les ambassadeurs européens à Minsk ont fait une démarche auprès du Ministère des affaires étrangères du Belarus. Ils ont déclaré qu'ils considèrent cette condamnation, aussi sévère, comme une affaire politique, ont demandé la grâce présidentielle, compte tenu des mérites scientifiques du Professeur Bandazhevsky et de l'absence de preuves contre lui et, dans l'attende, une amélioration des conditions de sa détention. Le ministre a répondu qu'il en référerait en haut lieu, mais qu'aucune requête dans ce sens n'est encore parvenue au gouvernement de la part de Bandazhevsky lui-même.

 

Le Code Pénal de la République du Belarus établit que c'est une commission de l'établissement responsable de l'exécution de la peine qui décide de la transmission de la demande de grâce au président de la République. Les responsables du camp de redressement découragent Bandazhevsky de le faire car, disent-ils, il n'a pas mûri les conditions suffisantes pour que la requête soit transmise. Le Code Pénal établit en effet que "la demande de grâce doit contenir une appréciation de la personnalité du condamné, de sa conduite, de son attitude face au travail et à l'éducation pendant qu'il purge sa peine, de son attitude par rapport au délit commis, ainsi que d'autres circonstances qui méritent attention et qui confirment que le condamné a atteint un certain degré de redressement.". Bandazhevsky est décidé de présenter quand même sa demande de grâce à cette commission du camp, en considération de deux motifs. 1.- Parmi les circonstances requises il y en a une, non prévue expressément, mais réelle et de poids : Bandazevsky n'est pas un criminel de droit commun, mais un scientifique de renommées mondiale, pluridécoré par des Prix académiques et dont la libération est réclamée par la communauté scientifique et politique internationale (IPPNW, Union Européenne, Parlement européen, Amnesty…). Sur la base de la biographie du condamné, c'est une "circonstance qui mérite attention et qui confirme que le condamné est en possession d'un haut degré de rectitude civique et morale".Cette circonstance justifie que le Président du Belarus puisse se pencher sur son cas. 2.- Si néanmoins la demande était bloquée par la commission du camp de redressement, les ambassadeurs européens seraient fondés à demander qu'on ne se paie pas leur tête. Car d'un côté l'Administration du Président n'attend que la requête de Bandazhevsky pour étudier le cas, mais de l'autre elle s'avouerait impuissante devant la décision de la prison? L'affaire deviendrait vraiment politique entre l'Europe et le Belarus et Youri Bandazhevsky n'aurait de toute façon plus rien à perdre dans cette hypothèse, en faisant sa démarche.

Révision du procès

L'avocat a préparé un dossier pour la Cour de Strasbourg et pour la Commission des droits de l'homme de Genève, qu'il fait traduire en anglais. Il l'enverra ces jours-ci, dès que la traduction sera prête.  Ce même dossier sera déposé également à la Présidence de la Cour Suprême du Belarus, sous forme de plainte dénonçant les irrégularités du procès et demandant sa révision. La démarche des ambassadeurs, qui de fait met en cause le bien fondé de la condamnation ("affaire politique"), constitue le fait nouveau, un "terrain" utilisable que l'avocat attendait pour déposer la plainte. Il est inscrit pour le 5 novembre prochain à une consultation à la Cour Suprême, pour ce faire.

 

Soutien

Tout ceci demandera du temps et reste sous le signe du doute quant au résultat. C'est le danger pour la tenue psychique de Bandazhevsky. Deux chose le sauvent ou le protègent : le travail scientifique et les nombreuses lettres d'amitié et de solidarité qu'il reçoit mais dont le flux s'est amenuisé ces derniers temps. "Je suis devenu comme un petit chien. Je cours derrière le chef de brigade pour recevoir mes lettres". Il relit continuellement celles qu'il reçoit. Deux phrases d'amitié et d'encouragement suffiraient. Ce pourrait être une "tâche" hebdomadaire de ceux qui lui ont déjà écrit.

Le Professeur Bandazhevsky demande instamment – cela m'a été transmis expressément par sa femme:

Que Madame Ady Roche, qui a été décorée par Loukachenko de la médaille de "Frantzisk Skarina" pour l'aide humanitaire aux victime de Tchernobyl, qu'elle organise chaque année, écrive au Président du Belarus pour demander sa grâce.

Que chacun des signataires du "Passeport pour la Liberté", -  Marie Anne Isler Béguin, Mario Soarès, Jacques Santer, José Maria Gil-Robles Delgado, Michel Rocard, Elisabeth Schroedter, Paul Lannoye, Daniel Cohn-Bendit, Ari Vatanen, Fodé Sylla, Thierry Jean-Pierre, Ole Karupp – en fasse autant.

Que IPPNW, qui lui a décerné la médaille de son 14me Congrès international, en fasse autant.

La semaine prochaine il enverra sa lettre à Loukachenko.

Wladimir Tchertkoff

 

Son adresse en prison : Yuri Bandazhevsky

220600 BELARUS

Minsk

Ul. Kalvarijskaya, 36

Boîte Postale 3521 

 

Note :Une association "Enfants de Tchernobyl Belarus" a été constituée. Elle a dans ses objectifs "l'information", qu'est ce que veut faire Bandazhevsky et pourquoi nous voulons le faire sortir de là, étant donné qu'il est poursuivi pour son travail pour les enfants de Tchernobyl Bélarus. Compte bancaire de l'association

 

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