Wladimir Tchertkoff

 

 

"ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"

 

Professeur Youri Bandazhevsky

 

Visite de l'avocat Baranov, le 31 mars 2003

 

 


 

 

 

L'avocat Baranov a eu un entretien d'une heure et demie avec Youri Bandajevsky, le lundi 31 mars dernier. Il confirme les observations de Galina, qui l'a vu deux semaines auparavant. Il a trouvé le prisonnier maigri, affaibli, mais complètement changé. Bandajevsky semble vraiment sorti du brouillard psychique et mental des derniers mois.  Selon Baranov, intellectuellement Bandajevsky maîtrise parfaitement la situation dans laquelle il se trouve et a une compréhension lucide de l'enjeu qu'il représente. L'avocat, qui lui-même parle souvent en termes plutôt voilés et réticents, a dit à Galina que le prisonnier sait et comprend maintenant beaucoup plus de choses que lors de ses précédentes visites, au sujet de ce qui se trame autour de lui. Youri lui a demandé, et a écrit à sa femme, de transmettre aux amis occidentaux qui le soutiennent sa gratitude tant pour le soutien, qui l'aide beaucoup et le protège, que pour "la juste compréhension des erreurs, dans lesquelles il a été induit depuis l'été dernier, et de l' interprétation qu'ils ont donnée des raisons de la répression qu'il subit".

 

Il semble que l'attention politique du régime, qui tient le professeur Bandajevsky en prison, se soit accrue ces derniers temps envers ses capacités, ses travaux et ses connaissances. Il a été récemment soumis à un test linguistique pour établir son degré de maîtrise du français et de l'anglais. La correspondance qu'il reçoit de sa femme et de l'étranger (surtout celle en français, langue qu'il connaît mieux) subit des retards parfois longs et lui arrive froissée et salie, comme si elle était passée par plusieurs mains. Un fonctionnaire du Comité d'Exécution des Peines est venu de la part du Ministère des affaires étrangères lui demander la liste de ses derniers travaux, qu'il a publiés entre ses deux arrestations.

 

Galina raconte qu'une élève de Bandajevsky, devenue médecin gynécologue régional du district de Buda-Kochélev, atterrée par la quantité de malformations, d'avortements, de morts périnatales qu'elle observe chez ses patientes, s'est mise à mesurer la radioactivité des placentas et a reçu cet avertissement d'un supérieur local : "Eh bien, le destin de Bandajevsky ne te suffit donc pas?! Décris les pathologies tant que tu veux, mais abstiens-toi de  les mettre en relation avec le Césium137". Cette jeune femme a un enfant qu'elle doit nourrir. Elle ne peut pas perdre son travail. Elle a renoncé à faire ses analyses.

 

 

Les titres des travaux récents du professeur Bandajevsky, publiés entre ses deux arrestations et qui intéressent le Ministère des affaires étrangères du Bélarus, sont les suivants :

- Effets médico-biologiques du césium radioactif incorporé dans l'organisme. Minsk, 2000. – 70p.  - Radiocésium et cœur : aspects pathophysiologiques. Minsk, 2001. – 63p.

- Le rôle du césium radioactif dans la pathologie de la glande thyroïde PSR / IPPNW Suisse, 2001. - Radiocésium et développement intra-utérin du fœtus. Minsk, 2001. – 59p.

- Processus pathologiques dans l'organisme en présence de radionucléides incorporés. Minsk, 2002. – 130p.).

 

Le martèlement de Youri Bandajevsky sur cette corrélation, scientifiquement étayée mais ignorée par la science internationale, dérange la volonté de silence. Aujourd'hui, l'ignorance, en ce qui concerne les conséquences médicales de Tchernobyl, est érigée en dogme. Le lien de cause à effet entre les pathologies nouvelles des territoires de Tchernobyl et la radioactivité à faibles doses est défini comme un "problème épistémologique insoluble", selon l'expression de M. Gonzales, fonctionnaire de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique. Pour imposer cette loi d'ignorance et d'incertitude, pour contraindre par la crainte tout le monde au silence, on a frappé au sommet : on a jeté au goulag le doyen d'un Institut de médecine, qui a osé faire les recherches qu'il fallait dans le vaste laboratoire à ciel ouvert de Tchernobyl, que le professeur Pellerin avait envié, en y passant peu de temps aprés la catastrophe, mais où personne n'est allé faire des recherches, hormis Bandajevsky. C'est la première répression de ce genre d'un académicien depuis les années 30 de l'ère stalinienne, effectuée cette fois-ci à l'abri de l'omerta de la science officielle.

 

Couverts par l'omerta officielle, des personnages investis de responsabilités scientifiques et politiques, tant au Belarus qu'en Occident, ont intérêt à ce que le professeur Bandajevsky ne sorte pas de prison de si tôt. Car si la corrélation entre les pathologies nouvelles, de plus en plus fréquentes chez les enfants de Tchernobyl, et le taux de radioactivité par Césium 137, incorporé dans leur organisme, est scintifiquement fondée, et s'il est vrai qu'en deçà d'un seuil de contamination ces pathologies sont réversibles, tandis qu'elles ne le sont plus audelà, - comme l'a montré Bandajevsky et comme cela a été confirmé par une recherche présentée récemment à la faculté de médecine de l'Université de Bâle, - la politique d'abandon des 500 000 enfants contaminés du Belarus est un crime de non assistance à personnes en danger.

 

Aujourd'hui, Youri Bandajevsky semble avoir rétabli la paix dans son esprit, en intégrant le sens de son emprisonnement. Son rétablissement moral n'est pour le moment qu'un espoir pour nous, suite à ce qu'il a dit à son avocat et à ce qu'il a écrit à sa femme, en s'adressant à ses amis étrangers. Il ne pourra nous le dire clairement lui-même qu'à sa libération. Mais si son état psychique semble avoir émergé de la confusion et des erreurs qui le tourmentaient, son état de santé est toujours très alarmant. Le temps qu'il passe en détention l'aggrave de jour en jour.

 

Intérêts en jeu et indifférence pour les victimes dans les coulisses de l'omerta scientifique

 

Le comportement des Etats-Unis, décrit dans l'article qui suit, n'est qu'un exemple parmi d'autres d'une approche et d'une politique des pays riches occidentaux, qui utilisent les territoires contaminés de Tchernobyl comme laboratoire et leurs habitants comme cobayes. La collecte de données scientifiques, accompagnée de l'abandon des victimes à elles-mêmes du point de vue sanitaire, de la radioprotection et de la prévention prophylactique, est le comportement commun d'institutions privées et publiques d'Occident, telles que le projet européen de Coopération pour la réhabilitation ETHOS-CORE, le "Otto Hug Institut" allemand du Pr. Lengfelder ou le Programme d'aide européen TACIS. Le premier refuse de financer, tandis que le second combat ouvertement, l'emploi prophylactique d'adsorbants à base de pectine, que l'institut indépendant de radioprotection biélorusse "Belrad" (Pr. Nesterenko) donne aux enfants, pour accélérer l'élimination des radionucléides de l'organisme et les protéger contre des pathologies irréversibles. Quant au Programme européen TACIS, il a écarté de son programme de financements les quatre projets de radioprotection et de suivi médical, présentés par l'institut "Belrad" au mois de mai 2002.

 

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Zeit-Fragen, 11. Jahrgang Nr. 10, 17. März 2003, S. 7, ISSN 1022-2448, Schweiz, Deutschland, Österreich

 

Les enfants de Tchernobyl servent-ils de cobayes aux USA?

 

Docteur Sebastian Pflugbail

Président de l'association de radioprotection, Berlin

 

Les autorités de Minsk connaissent-elles les dessous du programme de 30 ans des États-Unis, consacré au suivi diagnostique des citoyens biélorusses victimes de Tchernobyl?

 

Quand il est question de leurs intérêts, les USA n'ont aucun scrupule, tant dans leur propre pays, que dans l'arène internationale. Et quand il est question de l'emploi de leurs militaires, et qu'un grand nombre de soldats américains perdent leur santé dans ces actions, Washington conteste systématiquement toute responsabilité et abandonne les victimes à leur propre sort. Les vétérans qui ont participé aux essais de la bombe atomique, les soldats de la guerre du Vietnam, les soldats de la première campagne contre l'Irak atteints du syndrome du Golfe Persique, beaucoup d'autres en ont fait l'expérience sur eux-mêmes.

 

En 1994, le ministère de l'énergie des États-Unis s'est adressé au ministère de la santé du Belarus avec la proposition de réaliser en commun un projet scientifique, prévu pour au moins 30 ans, dénommé projet BELAM. Le but du projet était d'effectuer une étude de longue durée pour établir combien de cas de cancers et d'autres pathologies de la glande thyroïde se manifesteront chez des groupes d'habitants du Belarus, ayant reçu des niveaux différents de doses d'iode radioactif, rejeté par le réacteur de Tchernobyl. Environ 13 000 personnes ont été sélectionnées, qui doivent être régulièrement examinées pendant trois décennies. Naturellement, le Belarus apprécie la coopération internationale dans l'études des conséquences de Tchernobyl et il apprécie également le soutien apporté à la médecine du pays. Le ministère de l'énergie des États-Unis a débloqué un financement de 10 millions de dollars USA pour le projet commun.

 

Des instituts et des personnes ont été sélectionnés du côté biélorusse pour la coopération : de grands spécialistes du ministère de la santé sous la direction du ministre lui-même, l'Institut de médecine radiologique et d'endocrinologie, qui en dépend (1), ses filiales à Minsk et à Gomel, le dispensaire spécialisé de Gomel et d'autres. Du côté américain le partenaire est l'institut national du cancer (National Cancer Institut) du gouvernement des Etas-Unis. Les questions financières ont été réglées et le contrat signé. Le projet est en cours depuis déjà plus de 6 ans. Ses participants du côté biélorusse se réjouissent probablement de faits concomitants tels que la livraison d'équipements et de matériels consommables, de fréquents voyages aux USA et d'honoraires en dollars, qu'ils reçoivent des Américains pour la collecte et la transmission des données médicales.

 

L'augmentation des cancers sous le boisseau du secret

 

En réalité, les Biélorusses auraient dû être plus prudents. Dans les années 1990-91, les États-Unis, d'autres pays industriels occidentaux et l'Union Soviétique avaient effectué, sous la direction de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), une étude des conséquences de l'accident du réacteur. Comme résultat de la réalisation du projet international de Tchernobyl l'AIEA avait diffusé la déclaration du professeur américain Fred Mettler sur l'absence de pathologies causées par la radioactivité chez les habitants. Mettler avait été spécialement choisi pour diriger le groupe scientifique, qui s'occupait des conséquences médicales. A cette époque, les pathologistes biélorusses et ukrainiens avaient déjà montré que le nombre des cancers de la thyroïde avait augmenté plusieurs fois chez les enfants, néanmoins l'AIEA ne les avait pas entendus.

 

L'information diffusée par l'AIEA, qu'il n'y avait pas de maladies, a eu pour effet l'absence de programmes d'aide médicale aux états victimes de Tchernobyl.

 

Il a été prouvé que les affirmations de l'AIEA étaient mensongères, que Mettler possédait, déjà en 1990, de nombreuses préparations histologiques d'enfants opérés de la région de Tchernobyl, qu'à cette époque déjà il avait découvert le cancer de la thyroïde. Cependant, lui et son équipe mentaient au monde, en affirmant qu'il n'y avait rien. Ainsi, le Belarus, le pays le plus touché par Tchernobyl, et où il y a eu le plus grand nombre de cas de cancers de la glande thyroïde, est resté sans aide de la communauté internationale, aide qui lui était nécessaire pour soigner les malades en constante augmentation.

 

Des humains comme cobayes

 

Conformément à l'accord, le projet BELAM se limite aux diagnostics, au dépistage et à l'épidémiologie des maladies de la glande thyroïde. Une fois le cancer découvert, rien n'intéresse plus l'Amérique : après, c'est l'affaire du Bélarus. Difficile à croire, mais le Bélarus n'a pas exigé des États-Unis, dès le début du projet et dans l'intérêt de ses propres patients, un traitement qualifié de toutes les maladies observées de la glande thyroïde, ni son financement comme partie intégrante du projet. Les Biélorusses ne sont aujourd'hui que les cobayes d'un énorme laboratoire radiologique, où les États-Unis recueillent leurs données scientifiques.

 

Il est surprenant aussi qu'il ne se soit trouvé au Belarus une seule personne responsable, qui ait cherché à connaître la vraie raison, ou les dessous, du pourquoi l'Amérique s'intéresse tellement à l'apparition du cancer de la glande thyroïde et à ce projet de recherche, prévu pour des dizaines d'années. Les personnes initiées du Japon, de la Commission des Communautés européennes et aussi de Moscou connaissent sans

doute depuis longtemps cette raison si importante. Le 1 avril 1996, après une longue enquête, la télévision britannique a transmis le film "Tchernobyl 10 ans après" et a livré des faits à l'attention de l'opinion publique. La BBC commence sa documentation par l'observation qu'elle veut éclairer un fait, que l'industrie atomique aurait volontiers mis en oubli. La télévision convainc de mensonge l'Américain Mettler, qui avait affirmé en 1991 qu'il n'y avait pas d'atteintes à la santé, causées directement par les radiations après Tchernobyl.

 

Dissimulation des conséquences des essais atomiques

 

La BBC montre aussi que de tous les pays participant aux recherches autour de Tchernobyl, les États-Unis s'opposent avec le plus de vigueur à l'établissement d'une corrélation entre l'iode radioactif et le cancer de la thyroïde. "Le gouvernement américain a des raisons particulières pour être sur ses gardes. Dans les années 50 le ministère de l'énergie des USA avait consciemment lâché un nuage d'iode radioactif dans l'atmosphère pour vérifier dans quelle mesure il était possible d'observer la trace d'un nuage radioactif. Cela a aggravé la contamination provoquée par les essais de la bombe atomique".

 

Le professeur Williams, pathologiste britannique, expert en pathologie de la glande thyroïde de la Commission des Communautés européennes et de l'Organisation Mondiale de la Santé a dit dans l'interview à la BBC : "Il existe des preuves du fait que de vastes espaces aux USA ont été contaminés par l'iode radioactif à faible concentration. Le gouvernement en est certes très troublé car il ne voudrait pas se trouver en situation de devoir avouer qu'il a, selon toute vraisemblance, lui-même causé  ces cancers de la thyroïde et qu'il devra compenser le préjudice. Je pense que le gouvernement américain souhaite sincèrement que le lien de cause à effet entre l'iode radioactif et le cancer de la thyroïde ne soit pas confirmé".

 

Déformation des conséquences de Tchernobyl

 

Williams part du fait que des cercles influents en Occident ont faussé les résultats concernant le cancer de la glande thyroïde après Tchernobyl. La crainte des revendications, qui commençaient à exiger des compensations pour le préjudice, et l'inquiétude de l'industrie atomique face à la détérioration de son image publique ont jeté un voile sur les recherches.

 

Aux États-Unis on sait que dans les États contaminés par la traînée radioactive provoquée par l'expérimentation à l'iode radioactif du ministère de l'énergie, le nombre des cancers de la glande thyroïde a augmenté. Aujourd'hui, les victimes exigent que l'état verse des compensations pour le préjudice subi. Celui-ci conteste ces réclamations en se fondant sur le fait qu'il n'y a pas encore de preuves scientifiques, qui confirment l'existence d'une corrélation entre l'iode radioactif et l'augmentation des cancers de la glande thyroïde.

 

Les victimes des États-Unis ont avancé l'argument, selon lequel l'augmentation dramatique du nombre de cancers de la thyroïde après Tchernobyl constitue justement la preuve définitive de la corrélation avec l'action néfaste de l'iode libéré dans l'atmosphère. Les spécialiste du gouvernement américain – ceux de l'institut précisément, avec lequel le Belarus collabore dans le cadre du projet BELAM – ont contesté cela également et ont déclaré qu'il fallait d'abord effectuer des recherches précises de longue durée dans l'Union des États Indépendants et seulement après avoir une opinion certaine sur cette question. Selon la législation américaine le gouvernement de Washington s'attend à des requêtes de compensations pour le préjudice de l'ordre de milliards de dollars, tandis que les dépenses pour le projet BELAM constituent moins de 1% de cette somme! Voilà probablement le coup du cavalier politique et juridique, par lequel les Etat-Unis lancent pour des dizaines d'années le projet BELAM au Belarus (UKRAM en Ukraine), pour parvenir à un "éclaircissement de la question". Qui parmi les Américains-victimes sera encore en vie à l'achèvement de la 

recherche au bout de 30 ans, pour lutter ensuite pour ses droits? Dans ce contexte il devient clair, que le principal intérêt des USA consiste dans l'établissement d'un contrôle absolu sur la science, sur les données et sur l'information, concernant l'augmentation du cancer de la thyroïde suite à Tchernobyl. Pourquoi donc le Bélarus prête-t-il la main aux machinations des États-Unis?

 

Du point de vue de l'éthique médicale, aux Etat-Unis et dans les pays européens, la recherche scientifique sur les maladies des patients n'est pas admise, si dès le départ leur traitement complet n'est pas garanti. Pourquoi cela doit-il être différent, si les recherches des Etat-Unis ont lieu au Belarus?

 

Tenez la population dans l'ignorance

 

C'est sans doute une tradition politique profondément ancrée dans le monde entier, quand, dans des situations problématiques, ou en cas de danger, non seulement la propre population du pays n'est pas informée ou n'est informée qu'à moitié, mais elle est nourrie de demi-vérités, sinon de mensonges. Ces façons de faire ne dépendent pas de la forme du gouvernement. On peut les trouver tant dans les systèmes

autoritaires que dans les pays à démocratie classique. En vérité, la maxime "tenez la population dans l'ignorance", mise au monde par le président Eisenhower, est devenue un programme. Il n'était plus possible de cacher les images terribles des conséquences du bombardement atomique de Hiroshima et de Nagasaki et, à titre de soupape de pression, le programme "atome pour la paix" a été inventé. Le fait que la maxime de Eisenhower soit un mot d'ordre approprié dans la politique de désinformation de l'administration Bush, à la veille de l'agression à l'Irak, n'a pas besoin d'explications.

 

Les pays occidentaux, qui utilisent intensivement l'énergie atomique, voudraient établir, à l'aide d'un autre projet scientifique au Belarus, un contrôle absolu sur l'utilisation de l'information médicale concernant le cancer de la glande thyroïde. Les États-Unis, le Japon et la Commission des Communautés européennes – une espèce d'alliance atomique – ont imposé au ministère de la santé de la République du Belarus (ainsi qu'aux ministères de la santé d'Ukraine et de Russie) le projet de création d'une banque de tissus et de données du cancer de la glande thyroïde suite à Tchernobyl. La partie occidentale décide cependant, par la majorité de ses voix, quel groupe scientifique du monde aura l'autorisation de faire des recherches sur les tissus opératoires, de manière à "éviter des publications croisées (…) et à parvenir à des conclusions réussies", comme il est dit dans la description du projet.

 

Intérêt pour les données scientifiques, pas pour les patients

 

Suivant le désir des promoteurs, ce projet doit s'occuper, avant tout, de l'étude de la corrélation du cancer de la thyroïde après Tchernobyl non seulement avec l'iode radioactif, mais aussi avec les facteurs génétiques des malades, ainsi qu'avec les facteurs de pollution de l'environnement stimulateurs du cancer. Il se peut qu'ensuite, en dernière analyse, il apparaîtra que ce sont les gènes insolites des Biélorusses ou l'environnement pollué, et non l'iode radioactif de Tchernobyl, qui sont fautifs de l'augmentation dramatique du cancer de la thyroïde. Bien qu'il n'y ait pas encore d'accord signé avec le Belarus, le projet est de fait en cours de réalisation avec l'accord de Minsk, depuis déjà plusieurs années. Et encore une fois l'alliance est intéressée seulement aux données scientifiques, alors qu'aux patients et au Belarus on laisse le droit de s'occuper d'eux-mêmes. Qui surprendra-t-on par le fait que la banque centrale des données de ce projet se trouve à Londres? N'est-ce pas l'Angleterre l'allié le plus fidèle des États-Unis, quand il est question de la défense de leurs intérêts dans l'arène mondiale?

 

Le gouvernement de Minsk a créé un nouveau Centre scientifique et pratique républicain de médecine radiologique et d'écologie humaine dans la ville biélorusse de Gomel. Dans l'avenir, il devra réunir les recherches médicales de Tchernobyl et la coopération internationale. Le dispensaire spécialisé de Gomel, étroitement lié au projet BELAM, est investi du rôle directeur du nouveau centre. Quels scientifiques et quels établissements étrangers voudront collaborer avec ce centre en présence de ces conditions biélorusses? Certainement pas ceux qui veulent étudier les vraies conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, en informer l'opinion publique internationale et aider activement le Belarus dans l'élimination de ces conséquences.

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(1) Il s'agit de l'Institut dont les travaux ont été sévèrement critiqués par Bandajevsky, peu de semaines avant son arrestation. Un milliard de roubles seulement sur 17 a été dépensé utilement, selon lui, pour des recherches et recommandations effectuées en 1998 sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl. Dans le rapport qu'il avait adressé au Président Loukachenko et  au gouvernement le professeur Bandajevsky écrivait notamment : "On propose un schéma général de modernisation des mesures de protection existantes, basé sur le refus du principe de mesures obligatoires dans les zones concernées, et le passage à une application volontaire et sélective des mesures de protection. On conseille de prendre obligatoirement en compte des facteurs autres que l'irradiation (facteurs économiques, sociaux et psychologiques) […] On n'indique nulle part quelle est la part de ces facteurs. De cette façon, les recommandations des auteurs du rapport […] se résument à refuser le principe du respect obligatoire et universel de

mesures de protection. Derrière ces paroles, on peut subodorer le principe "Chacun pour soi!", l'État ne portant plus aucune responsabilité pour la santé des populations. Ceci est en opposition flagrante avec la Constitution de la République du Belarus et avec la Loi sur la Santé Publique..."