Wladimir Tchertkoff

 "ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS"

 

 

Professeur Youri Bandazhevsky

 

 

 

   

 

  

 

2 février 2004  -  Grâce présidentielle refusée

 

 


  

Le 12 janvier dernier, Galina Bandajevskaya a appelé l'administration du président Loukachenko pour savoir si une décision avait été prise concernant la grâce de son mari. On lui a répondu : "La semaine dernière, la Commission des grâces, qui instruit les dossiers, a émis une conclusion positive. Mais tout dépendra de la décision du Chef de l'État." - "Quand pourrai-je la connaître?" - "Appelez dans une semaine."

     Au bout d'une semaine, même réponse.

     Le 29 janvier, Galina apprend au Comité d'exécution des peines que la grâce a été refusée et que Youri a signé la demande d'être envoyé en relégation dans le district de Vétka. L'amnistie, entrée en vigueur le 14 janvier, réduisant sa peine d'une autre année, lui donne ce droit.  "C'est la voie la plus légère pour moi" - lui a-t-il dit, lors d'une conversation téléphonique, qui leur a été autorisée. Il restera  un an à Vétka, soumis à des travaux qui avec la science n'auront rien à voir. A partir du 6 janvier 2005, il pourra bénéficier d'une remise conditionnelle de peine, qui le rendra libre sur tout le territoire du Belarus.

     Dans la lettre de refus de la grâce il est dit que Bandajevsky pourra réitérer sa demande, à condition de se repentir et de restituer les milliers de dollars que soi-disant il doit à l'état.

     Loukachenko, qui a laissé croire qu'il était enclin à faire le beau geste et a déclenché la procédure de demande de grâce, s'est joué de tout le monde, y compris la Commission des grâces, qui a donné un avis favorable. Il s'est moqué des appels de l'opinion publique occidentale, qui a espéré, eu égard à l'insistance avec laquelle l'administration carcérale a fait pression pour que Youri écrive au Président : l'administration n'aurait jamais pu prendre cette initiative de son propre chef sans un ordre venu d'en haut. (Voir Nouvelles de prison du du 14 déc. 2003 - Le directeur du Comité d'exécution des peines à Galina : " je m'interoge, pourquoi m'ont-ils tellement pressé pour la transmission du dossier de demande de grâce?"). Loukachenko a tourné en dérision les démarches diplomatiques des pays riches, dont il sait que le contrôle sous lequel il tient les populations contaminées par l'industrie nucléaire arrange beaucoup de monde. Les 8 violations au Code Pénal du Belarus, dénoncées par l'OSCE au cours du procès, ne sont pas son affaire. Il a dédaigné la requête des scientifiques de Russie, qui l'ont prié de "mettre fin aux poursuites, selon nous non fondées, dont le prof. Y.Bandajevski est la victime, et de lui donner la possibilité de poursuivre ses recherches  sur les effets sanitaires des radionucléides incorporés, recherches dont la portée ne peut être surestimée". Loukachenko s'est joué de tout le monde, mais singulièrement il n'a pas dupé Bandajevsky, qui n'y croyait pas. En choisissant la relégation au lieu d'attendre encore un an en prison la remise de peine, Youri a choisi la voie la plus légère.

     Loukachenko a méprisé l'appel même de son Parlement. En juillet 2003, un groupe de députés de la Chambre des Représentants, membres de l'Assemblée nationale du Belarus, lui a adressé un pressant appel, qui se terminait par ces mots :

          […] nous nous adressons à vous, Alexandre Grigorievitch, avec la prière de prendre une décision politique et humanitaire en libérant le professeur Y.Bandajevsky, en considération de ses mérites scientifiques et de l'utilité qu'il pourra encore apporter à notre peuple, victime de la catastrophe de Tchernobyl.

[…] seul vous pouvez aujourd’hui permettre à Youri Bandajevsky de reprendre ses recherches si essentielles pour les aides que le monde doit fournir à notre pays victime de la contamination radioactive.          Dans l'intérêt de notre peuple, dans l'intérêt de toutes les victimes de cette catastrophe et pour la santé de ceux qui pourraient être victimes un jour d'un pareil malheur, nous vous prions instamment de mettre un terme à ce que le monde appelle l’«affaire Bandazhevsky».

Le 8 août, le Vice président de la Commission des droits de l'Homme du Parlement biélorusse écrivait au Comité Bandajevsky à Grenoble :

 Le Président envisage la possibilité d'examiner une deuxième fois la question de la concession de la grâce à Y.I. Bandajevsky, si celui-ci en fait la demande au Président de la République du Belarus suivant les formes requises.

En même temps, le Comité d'exécution des peines et la direction de la prison recevaient l'ordre d'obtenir rapidement la demande de grâce du détenu. Ils ont dû insister à plusieurs reprises, pendant le mois d'août, pour que Youri Bandajevsky, qui n'y croyait pas et ne voulait pas se soumettre en vain à une nouvelle humiliation, écrive encore une fois au Président pour lui demander la liberté. Galina lui a dit : "de toute façon, tu n'as rien à perdre. Il faut le faire. Tes amis de l'étranger, Nesterenko, moi, tes filles le souhaitons et te le demandons." Il le fit finalement à notre demande, sans se repentir d'un délit qu'il n'avait pas commis. (voir Nouvelles de prison du 23 août 2003)

 Le seul fait incompréhensible c'est le choix de Vétka, alors que Galina et Natacha, leur fille plus jeune, vivent désormais à Minsk. Vétka est un territoire contaminé jusqu'à 40 Curies par kilomètre carré et il est tout proche de Gomel, ville dont l'establishment est hostile à Bandajevsky. Cela inquiète Galina, qui craint l'emprise et le contrôle des forces hostiles à son mari. Il n'est pas exclu que le député Konopliov, qui s'est introduit en Juin 2002 dans la vie du prisonnier, n'ait pas lâché prise. Il est possible que, bien qu'on n'ait plus entendu parler de lui depuis un an (Nouvelles de prison 8.12.02), il ait continué à le conditionner en le persuadant que, si à la sortie de prison il allait reprendre contact avec Belrad, où Galina travaillait déjà, les choses pourraient prendre une mauvaise tournure pour lui. Youri pourrait avoir voulu marquer un temps de transition, une distance par rapport aux questions qui ont causé son malheur, pour calmer ses ennemis. Mais il aurait pu demander un autre territoire. Galina craint à Vétka précisément ses ennemis.